Pourquoi le prix du Bitcoin n’a aucune importance

La cryptosphère s’est enflammée, la semaine dernière, suite à l’annonce faite par Elon Musk : Tesla cesse d’accepter le Bitcoin, sous prétexte de questions environnementales. Les défenseurs du Bitcoin se sont insurgés, des tweets condescendants et passif-agressifs ont été échangés entre tech-bros, c’était chaotique, c’était le cirque, c’était beau.

Une question secondaire d’un point de vue technique.

Ce post n’a pas pour vocation d’essayer d’élucider les motivations de Musk, pour la simple raison que l’on confère au personnage plus d’importance qu’il n’en a réellement. Ce post explique pourquoi, d’un point de vue technique, la valeur du Bitcoin en dollars/ euros n’est que secondaire, tel qu’il a été conçu. Il s’adresse à un public curieux, qui n’a aucune connaissance en la matière.

Gérard veut acheter un gode géant

Imaginons que Gérard veuille acheter un gode géant. Il va donc sur gode géant point com, une coquette boutique en ligne où il pourra trouver son bonheur, un gode géant pour la modique somme de 90 $. Gérard n’a pas trop envie que sa banque suive à la trace sa consommation, notamment concernant cet achat délicat : les rendez-vous avec son conseiller bancaire risquent de s’avérer… gênants. Le saviez-vous ? Votre relevé bancaire dresse un portrait-robot très pertinent de votre personnalité, vos passe-temps, vos habitudes de consommation. De plus, Gérard a regardé le dernier Cash Investigation sur la mane que représentent les données d’utilisateurs, et n’a pas envie d’être le dindon de la farce.

Cependant, Ô bonheur, gode géant point com accepte le Bitcoin ! Gérard sort donc sa carte de débit et achète pour 100 $ de Bitcoin, sur une plateforme d’échanges. Sa banque saura donc qu’il a acheté de la crypto-monnaie, mais ne saura pas laquelle, ni ce qu’il en fera. Une fois son achat de Bitcoin effectué, il retourne sur la boutique en ligne et ajoute le gode géant dans son panier, note son adresse, puis clique sur « payer » puis sur « Payer en Bitcoin ». Un message avec l’adresse du portefeuille Bitcoin de la boutique s’affiche alors. Gérard envoie la somme et attend que la transaction soit confirmée. Quelques minutes plus tard, un message s’affiche sur son écran, lui confirmant sa commande et une date de livraison pour son gode géant. Gérard est content.

Le « prix » du Bitcoin n’a pas de sens

Dans ce cas concret, Gérard a effectué ses transactions en quelques minutes, le prix du Bitcoin a eu peu de probabilités de chuter radicalement. Qu’il vaille 1 ou 100 000 $, il n’en a acheté que pour 100 $ et en a dépensé 90, plus 5 $ pour les frais de réseaux, l’histoire s’arrête là. C’est le but premier du Bitcoin : permettre à deux personnes d’effectuer des transactions sécurisées, confidentielles, et sans intermédiaires. Gérard peut décider de récupérer les 5 $ restant en les convertissant à nouveau, ou les laisser sur son portefeuille et oublier. Ô, surprise, dix ans plus tard, par un effet de bulle spéculative, ces 5 $ ont été multipliés par mille ! Gérard peut donc acheter plein d’autres godes géants, en toute impunité. À condition de ne pas avoir oublié ses identifiants de portefeuille, entre autres.

La différence entre utilisation et capitalisation

Gérard s’est retrouvé avec un portefeuille d’une valeur de 5 000 $ par accident, il n’a pas fait exprès de tirer un profit financier du Bitcoin : il était tellement content de son achat qu’il en a oublié la petite monnaie restante sur son portefeuille de Bitcoin. Croyez-le ou non, c’est ainsi que les premiers utilisateurs du Bitcoin sont devenus riches : par accident. Les plus gros portefeuilles sur la blockchain – le réseau sur lequel est hébergé le Bitcoin, visible par tous – n’affichent plus de transactions depuis environ dix ans, ce qui veut probablement dire que leurs propriétaires ont perdu l’accès. Si Gérard a laissé son argent sur la plateforme d’échange, il y a de grandes chances pour qu’elle ait fermé, emportant avec elle son portefeuille, ou que son compte se fasse hacker et vider entre-temps. C’est dommage, mais peu importe : Gérard n’avait pas mis les économies de toute une vie dans le Bitcoin.

Pour ceux qui ont investi dans le Bitcoin, en espérant des gains faramineux, les dernières déclarations d’Elon Musk sont un coup dur. Voir la valeur de son portefeuille se diviser par deux pour la première fois, ça fout les boules, mais ça forge aussi le caractère.

Les quatre grands principes du Bitcoin

Cependant, pas besoin d’être un trader pour utiliser le Bitcoin : je paie en Bitcoin dès qu’un commerce le propose. « Mais Julia, c’est de la folie, tu paies EN BITCOIN ??? C’EST DE L’OR NUMÉRIQUE !!! ». Non, ce n’est pas de la folie : c’est une technologie révolutionnaire, un système de transaction qui émancipe l’individu du système bancaire, et qui repose sur quatre principes :

  1. Le pseudonyme : votre identité, c’est votre adresse Bitcoin. Il n’est pas nécessaire de révéler son identité civile pour effectuer des transactions. Gérard aurait pu mettre un faux nom et une boîte postale pour recevoir son colis. Le commerçant n’aura pas l’identité liée à sa carte de débit.
  2. La décentralisation : chaque utilisateur possède une copie de l’historique des transactions. Quand deux personnes se révèlent mutuellement leurs adresses, on peut consulter toutes ses transactions. C’est pour cela que Satoshi Nakamoto – le créateur du Bitcoin – préconisait de n’utiliser qu’une adresse par transaction, par souci de confidentialité. On peut en créer autant qu’on veut. Ainsi, le réseau et le vendeur peuvent vérifier que la somme exacte a été envoyée, sans risquer la fraude.
  3. L’immuabilité : Il est impossible qu’un utilisateur modifie le réseau de transaction en sa faveur. Si Gérard envoie la somme, il ne peut pas la récupérer, ce qui évite au commerçant le fameux chargeback liées aux transactions à haut risque. Gérard ne pourra pas regretter et dire à sa banque qu’il s’agit d’une utilisation frauduleuse de sa carte, car : il n’y a pas de banque. Ce qui nous amène ou dernier point :
  4. La méfiance : les utilisateurs du Bitcoin sont leurs propres banques et n’ont besoin d’aucune institution pour s’assurer que la transaction a été effectuée et enregistrée par le réseau.

Vous l’aurez compris, être sa propre banque implique également un grand degré de responsabilité. Si vous perdez la phrase vous permettant d’avoir accès à votre portefeuille, vous perdez votre argent. Si vous le confiez à un tiers – une plateforme d’échange – vous risquez également de tout perdre en vous faisant hacker, si la plateforme ferme et disparaît du jour au lendemain, ou encore, si la plateforme décide de bloquer votre compte pour X raisons. Voilà pourquoi Gérard a tout intérêt à laisser la petite monnaie dans un portefeuille qu’il possède, et de garder le mot de passe en lieu sûr.

La ruée vers l’or numérique et les désillusions des magnats de la finance

Elon Musk n’a pas pu mettre la main sur la blockchain, car personne ne le peut. Il s’agit d’un fonctionnement communautaire, mais il n’est pas le premier à vouloir s’ériger en parrain d’un énième truc un peu fou. Même Tesla ne comprend pas pourquoi il s’acharne à vouloir se définir comme le fondateur de l’entreprise. Dans la même veine, les tradeurs du dimanche qui ont fleuri autour du Bitcoin, à coup de vidéos Youtube et de cours payants, ne sont pas les premiers à se casser les dents face au cours spéculatif du Bitcoin. On note une confusion avec l’investissement en bourse, là où la blockchain a été conçue pour permettre à des personnes d’effectuer des transactions loin des yeux de la finance. C’est ballot. Effectivement, plus son utilisation est généralisée, plus le Bitcoin risque de prendre de la valeur, d’autant plus que sa quantité est limitée, contrairement au fiat – l’argent relié à un pays, qui peut être créé à l’infini.

Les utilisateurs aguerris du Bitcoin ne vouent pas un culte à Musk, contrairement aux day trader du dimanche. C’est dur pour l’ego, mais encore une fois, cela forge le caractère. Se heurter aux cypherpunks, quand on a l’habitude d’être brossé dans le sens du poil et érigé en Pape, c’est dur. Je suis presque tentée de compatir – presque.

Un outil politique

Comme tout outil, la blockchain devient ce qu’on en fait. Vous êtes une association ou un collectif qui s’est fait éjecter d’un processeur de paiement en raison de politiques discriminatoires ? Vous souhaitez faire des dons à une association ou à un mouvement politique sans que cela apparaisse sur votre relevé bancaire, en préservant votre identité civile ? L’argent est le nerf de la guerre et le Bitcoin peut être une bonne solution. Il existe des moyens d’accepter directement du Bitcoin depuis son site internet, qui vous garantissent l’anonymat, même sur la blockchain. Les convertir en euros ou en dollars est relativement rapide, mais vous pouvez également les utiliser directement auprès de prestataires les acceptant comme moyen de paiement, comme Gérard. Si vous avez besoin de conseils dans ce sens, n’hésitez pas à utiliser le formulaire de contact sur ce site, je le fais gratuitement pour des organisations et des causes que je soutiens personnellement.

Si je ne vous soutiens pas, vous n’aurez rien, même en me payant grassement 🙂

Edit au 19/05/2021 : Venmo bloque des virements faisant mention de soutien à la Palestine.

Edit au 2/06/2021 : PayPal suspend le compte vieux de 20 ans de Larry Brandt, défenseur de la liberté numérique.

Des ressources pour aller plus loin (en anglais) :

How Bitcoin works in 5 minutes

Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System

The Untold Story of Silk Road, Part 1

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s