Technocritique – Julia March

Julia March

Guide d’autodéfense des artistes face aux NFTs

Si vous êtes artiste ou graphiste, et que vous proposez vos services sur internet, vous risquez bientôt de crouler sous des demandes de commissions. Bonne nouvelle ? Pas tant que ça : la plupart de ces démarcheurs ont un projet NFT en tête. La chance de votre vie ou l’arnaque du siècle ? Voici un guide d’autodéfense pour s’y préparer.

Ce qu’on a vu en 2021 n’est rien, à côté de ce qui se prépare dans le monde des NFTs. La mode est à présent au gamefi, des jeux vidéos hébergés sur la blockchain. Le dernier des charlot essaie de vendre son projet de jeu-vidéo potentiellement lucratif et pour cela, il a besoin de vous. Que vous soyez pour ou contre les NFTs en tant qu’artiste, je vous livre ici mes deux-trois connaissances sur le sujet pour vous permettre de cerner vos clients et faire votre choix.

Les signes d’un projet NFT
  • On vous demande de réaliser des collectibles : une série de personnages à partir d’un calque identique, avec des accessoires, des fonds et des traits variables
  • Pour les musiciens, on vous demande de réaliser un track à ambiance aventurière
  • Votre client est anonyme, la demande se fait en général sur Twitter, par message privé
  • Si la demande se fait sur une plateforme où vous proposez vos services (Fiverr, Upwork, etc), le client ne vous donne pas davantage de détails sur la raison de sa commande
  • On va souvent vous demander de créer des personnages fantastiques : des monstres, des fées, des guerriers, des animaux armés

Si ces signes sont réunis et que le client ne vous dit pas explicitement qu’il s’agit d’un projet NFT, c’est un mauvais signe. Certes, il veut vous payer, mais :

  • Il sait qu’il peut potentiellement gagner des millions grâce à votre travail en vous payant des miettes
  • Il vous évince des royalties (on en parle plus bas)
  • Il veut votre travail en omettant de vous donner cette info, dans l’éventualité où vous seriez contre les NFTs, donc il vous fera travailler pour un truc qui va contre vos principes
  • Il élabore une potentielle arnaque à laquelle vous risquez d’être associé à jamais

Si vous soupçonnez qu’une commande émane d’un projet NFT et qu’on ne vous le dit pas, c’est un très mauvais signe. Les crypto-bros de la dernière génération adorent crier partout à quel point les NFTs sont une occasion en or pour devenir millionnaire, mais ils ne veulent pas que VOUS le deveniez. Ils veulent le devenir, eux, mais ne savent pas faire grand chose de leur dix doigts, à part peut-être taper 14 lignes de codes pour développer un smart contract relié à l’art qu’ils auront chopé pour une bouchée de pain.

Parfois, le client potentiel vous approche en explicitant son projet et le but de celui-ci, ce qui vous donne l’occasion d’accepter ou de refuser la commission. Attention, cependant, car si vous acceptez, ils joueront aussi sur votre méconnaissance de cet univers.

Le client vous le dit explicitement : quelques choses à savoir

Si vous livrez la commande, êtes payés et que les choses se finissent là, vous vous êtes fait avoir. Les NFTs sont conçus pour que les artistes à l’origine du travail touchent des commissions sur chaque revente de leur travail. C’est un revenu passif à vie, dans l’idée. Plus votre travail prend de la valeur, plus vous touchez des royalties élevées. Si on ne vous a pas accompagné, ni même dit que ce mécanisme existait, cela veut dire que c’est votre client qui va toucher les royalties.

Pour toucher ces royalties, vous aurez besoin, au moins, d’une adresse Ethereum, voire d’un portefeuille vous permettant de retirer les fonds. Certes, vous n’avez peut-être pas envie de vous embêter avec cette logistique, vous pouvez alors céder vos droits. Si vous le faites, je vous recommande de les céder au prix fort. Vraiment fort. Le genre de somme susceptible de changer votre vie, pour être honnête. Parce que c’est ce genre de sommes qui sont en jeu, si vous vous asseyez dessus, autant sécuriser un montant qui vous ne le fera pas regretter.

L’autre risque, c’est que votre client prépare une arnaque, ce qu’on appelle communément un rug pull : il va promettre une utilité aux NFTs qu’il va mettre en vente (par exemple, un jeu d’aventures en ligne), récolter l’argent lors de la vente des NFTs, mais va ensuite disparaître, laissant les acheteurs avec des trucs sans aucun intérêt dans leur portefeuille. Le site disparaît, le compte Twitter aussi, le serveur Discord est fermé et tout l’argent récolté est passé dans Tornado Cash, le système qui brouille les pistes sur la blockchain. Il peut recommencer à l’infini.

Vous comprenez bien qu’associer votre art et votre identité d’artiste à ce phénomène peut être mortifère pour votre réputation.

S’associer en tant qu’artiste à un projet NFT ou pas ?

Si vous être formellement contre les NFTs, la réponse est évidente. Vous avez au moins quelques pistes pour tenter de déceler l’utilisation de votre art, mais vous pouvez aussi y appliquer une licence interdisant la monétisation de celui-ci (un service de conseil juridique sera plus apte à vous accompagner que moi).

Si vous n’avez rien contre les NFts, voire êtes curieux, gardez les éléments cités dans cet article en tête. Ma préconisation serait de ne s’associer à un projet NFT qu’en tant que partenaire, avec des gens en qui vous avez confiance et dont vous connaissez l’identité.

Peut-être n’en avez-vous rien à foutre et avez besoin d’argent, vous prendrez donc les commissions sans trop vous poser de questions. Je ne vous jetterai pas la pierre si c’est le cas, on a tous besoin de payer les factures. Cependant, si vous prenez au sérieux votre travail et souhaitez en vivre, n’oubliez pas les dommages que les rug pulls peuvent faire à votre réputation à long terme. Vous risquez aussi de faire une dépression nerveuse en découvrant que le projet a un succès fou et aurait pu vous rendre millionaire, mais a rendu riches deux gars lambda qui vous ont commissionné sans vous faire toucher un centime sur les royalties. Je ne sais pas vous, mais pour moi, c’est un coup à finir en HP.

Ce que personne n’a compris au sujet des NFTs

Twitter a annoncé que l’on pouvait désormais mettre un de nos NFTs en photo de profil, et bien sûr, dès que l’on parle de NFTs, l’hystérie se propage délicieusement sur le réseau social qui lui est exclusivement dédié. Quelques articles ont été écrits en 2021, au sujet des NFTs et leur prix faramineux, très peu de personnes ont compris, en réalité, de quoi il s’agit. À juste titre : pour comprendre les NFTs, il faut avoir quelques bases et de notions d’histoire de l’Ethereum. Des connaissances pas du tout compliquées à acquérir, mais qui en ces temps de cyber-boucan et de clivages idéologiques restent inaccessibles aux personnes simplement curieuses qui essaient de s’y retrouver.

J’écris cet article un peu à l’arrache et de tête, que les connoisseurs dans le fond n’hésitent pas à me corriger en cas d’inexactitude ou de connerie.

L’argent est le nerf de la guerre

Si beaucoup de gens se sentent largués face aux NFTs, c’est parce qu’ils sont la version punk des campagnes de financement de la Silicon Valley. Pour faire simple : Jean-Jacques a un projet de start-up et cherche des investisseurs, il obtient des fonds et ensuite met la tête dans le guidon pour construire son projet, grâce au capital qu’il a réussi à lever. Aucun investisseur ne fait la charité, donc il doit constamment ajouter de la valeur à son entreprise pour que les investisseurs (qui détiennent des parts de ladite entreprise) soient contents.

Voilà, globalement, comment on trouve du capital pour une start-up. En anglais, les investisseurs dans les start-up toutes jeunes sont appelés des Venture Capitalists, ils prennent de grands risques, mais rattrapent des bénéfices importants s’ils parient sur le bon cheval.

C’est un partenariat qui présente de nombreux avantages, mais qui mène aussi à des situations cocasses : quand ton investisseur te demande d’embaucher sa nièce, par exemple. Ou quand le fondateur de la start-up déclare forfait et laisse ses investisseurs sur la paille.

La mafia de la Silicon Valley

Oui mais. Tout n’est pas tout rose dans le milieu de la tech, n’est-ce pas ? L’argent semble couler à flot ? Il n’en est rien. L’argent coule à flot, certes, toutefois toujours sur les mêmes. Il est notoire que Stripe, par exemple, a bloqué des centaines de projets de paiements en ligne en leur faisant obstruction : interdiction à leurs investisseurs de financer d’autres projets, stratégies mafieuses pour leur empêcher l’accès à la presse, etc. Les deux entreprises qui mènent la danse, dans le domaine de la fintech, ce sont Amazon et Stripe. Alors que Jeff Bezos est très explicite dans ces velléités monopolistiques (est-ce que ce mot, existe ?), Stripe utilise des stratégies plus sournoises, mais les deux partagent un seul et même objectif : le monopole des paiements en ligne.

Au-delà des manœuvres douteuses de Stripe et d’Amazon, ce milieu est l’enfer pour quiconque n’est pas dans le club des cool kids. Vous ne verrez pas beaucoup de femmes à la tête de start-up qui ont le vent en poupe. Peu de minorités, etc. C’est un boy’s club assumé aux relents d’Eau de Cologne entêtants.

Partons aussi du principe qu’aucun projet à visée solidaire ne rencontre de chances d’aboutir. Les VCs (abréviation pour Venture Capitalist) veulent une rentabilité des investissements. Tout le monde doit trimer pour la rentabilité, à commencer par les utilisateurs du produit sur lequel ils ont parié.

Le retour sur investissement : les données

Dans la tech, pour estimer la valeur d’une entreprise, on compte son nombre d’utilisateurs. Oui, nous sommes tous devenus des utilisateurs avec une valeur en dollars attachée à notre avatar, qu’on le veuille ou non. Le nombre d’utilisateurs se traduit directement en profit, on estime qu’un réseau social ayant une base de 5 millions d’utilisateurs vaut dans les 50 millions de dollars.

Ces calculs s’établissent sur les données que nous générons, un concept que beaucoup de personnes ne comprennent pas encore. Je vais la faire simple : ces données ne servent pas qu’à réaliser des publicités ciblées, mais également à prédire ce que vous pensez ou des changements politiques, et même à fabriquer un résultat électoral. Donc oui, la valeur des données que nous produisons est calculée à la hausse et les entreprises assurent ainsi à leurs investisseurs de faire des bénéfices. Il y a eu une émission de Cash Investigation sur la question, qui est un peu « la valeur monétaire des données pour les nuls », elle est très bien, je vous la recommande.

La révolution de l’Ethereum

C’est dans ce cadre que débarque Vitalik Buterin, le créateur de l’Ethereum. Ado, il écrivait pour Bitcoin Magazine et a gagné son argent de poche en Bitcoin, en écrivant des posts de blogs et ensuite en devenant le premier auteur du magazine maintenant devenu iconique. Il maintient qu’il a pris conscience des travers de la centralisation quand WoW a arbitrairement supprimé l’un des items de son personnage. C’est à partir de ce moment qu’il a complètement arrêté de jouer et a frôlé la dépression nerveuse. En réalité, son père vous révèlera qu’il avait un crush sur une camarade de classe, qui lui a dit que son jeu était stupide et qu’il a arrêté d’y jouer à ce moment.

Quoi qu’il en soit, Vitalik était fasciné par le Bitcoin et est accessoirement un petit génie. C’est aussi un idéaliste et l’une des personnes les plus hilarantes au monde, à mon sens. Il a donc créé l’Ethereum, qui n’est rien d’autre qu’un protocole d’échange permettant de créer des contrats dits « intelligents ». Ces contrats sont publics, consultables par n’importe qui et aident à retracer les négociations entre deux partenaires. Si la question technique vous intéresse, je vous conseille les explications d’Andreas Antonopoulos.

N’importe qui peut créer son contrat intelligent et le soumettre à des partenaires éventuels. N’importe qui peut ainsi devenir un VC à son tour. Pas besoin de partir à l’assaut des données des utilisateurs pour rentabiliser le truc : les millions de micro-transactions sur le réseau suffisent. Elles suffisent tellement qu’elles assurent de récompenser les utilisateurs à leur tour. Mais, la meilleure récompense est quand le projet gagne tant de valeur qu’elle rend millionnaires les tarés qui y ont cru. Ça n’arrive pas tous les quatre matins. L’enfer est pavé de bonnes intentions et des idéaux brisés des nerds.

Et, les NFTs, dans tout ça ?

Alors, quel rapport avec les singes numériques immondes que l’on voit partout sur Twitter ? La réponse est simple : le NFT sous forme d’image est l’apparence externe d’un contrat. Le développeur a simplement rattaché une image à la signature (et peut la changer quand ça lui chante). Ce n’est pas une utilisation très intéressante des NFTs, mais l’humain étant avide de signes de distinction, cela permet de clamer haut et fort qu’on a assez de thunes pour signer un contrat à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Dans les faits, cela permet d’exhiber, en dehors de la blockchain, notre appartenance à un projet. Pour le créateur, cela aide à lever du capital pour concrétiser son projet. C’est une contrepartie. Par exemple, les gens qui ont acheté des NFTs du Bored Ape Yatch Club peuvent jouer en ligne à un jeu qui leur permet de gagner encore plus d’argent magique d’internet (enfin, je crois, je n’ai pas tout suivi). Donc leur singe prend encore plus de valeur, car il a une propriété sacro-sainte dans la crypto-sphère : l’utilité. En dehors du délire « je possède des thunes », j’entends.

Tous les NFTs ne sont pas axés autour du profit.

Deux lesbiennes ont, par exemple, lancé une campagne de financement pour sauver leur ferme de canards rescapés. Pour leur filer de l’argent, on « sauvait » des canards numériques, on obtenait ainsi une boîte d’œufs qui allaient ensuite éclore.

Les deux femmes ont pu alors gagner assez d’argent pour sauver leur maison et leur ferme. Elles ont gagné tellement d’argent que, maintenant qu’elles sont à l’abri, elles réfléchissent maintenant à un moyen de développer le projet pour lui donner de la valeur et remercier leurs bénéfacteurs. C’est l’aspect de la valeur ajoutée à tout prix qui me refroidit le plus, personnellement. Dans quelle mesure on ne se retrouve pas à s’auto-exploiter, plutôt qu’à assumer : « J’ai besoin d’argent et cette collecte de fonds sert exclusivement à sauver mes fesses, ne vous attendez pas à tirer un profit de cette entreprise » ?

Je ne trouve pas inintéressant le concept de pouvoir rendre la pareille aux personnes généreuses qui nous ont aidés, une fois sortis d’affaires. C’est même une dynamique que je pense plus saine que la charité et qui a plus de chances de réussir : nier la poursuite d’intérêt personnel comme un facteur déclencheur de l’action serait niais. Cependant, ce n’est pas un état d’esprit qui devrait se généraliser, puisque les gens ayant vraiment besoin d’aide ne sont pas forcément à même de fournir les efforts d’entrepreneuriat qui seraient attendus.

Quoi qu’il en soit, même si les dames aux canards ne réussissaient pas à ajouter de la valeur à leur projet, les protocoles utilisés s’en chargeront. N’importe quelle action réalisée dessus est enregistrée publiquement et nous rend éligibles à des récompenses (et par récompenses, j’entends $$$$$). À l’heure où je vous parle, je viens de recevoir de l’Ether sur le réseau Polygon à cause d’une connerie que j’ai faite il y a probablement plus d’un an. Je ne sais même pas ce que c’était, j’ai dû utiliser leur protocole à quelques occasions.

Des risques techniques très importants

Par ailleurs, vous lirez peut-être que les technologies blockchains et les NFTs sont l’avenir d’internet. Je le crois aussi, cependant, il existe des zones de danger techniques, sur lesquelles je ne vais pas m’étendre, mais qui sont assez préoccupantes pour compromettre toute la confiance placée en cette technologie. Je vais en citer deux, principalement :

La visibilité publique des failles de sécurité

Contrairement à la croyance populaire, aucun système d’information ne peut être sécurisé à 100 %. Il y aura toujours de nouvelles failles de sécurité que l’on découvre, justement, parce qu’elles sont exploitées. Dans un réseau fermé, si l’on est assez réactifs, on peut tout de suite réagir et créer un patch. On a l’obligation de publier les failles de sécurité dans les 72 h et de signaler les risques élevés de fuites de données.

Maintenant, songez à la blockchain, qui est une base de données publique et visible par absolument n’importe qui. Qui, accessoirement, donne accès au code de contrats dans lesquels sont bloqués des millions de dollars, sous forme d’Ether. Le rêve de tout hacker. Dès l’instant où une faille de sécurité est exploitée, elle éclate au grand jour, étalée, sous les yeux de gens bien intentionnés ou pas. C’est là que la fête commence.

En mai 2016, la faille de sécurité d’un contrat intelligent de TheDAO a été exploitée. Le premier montant retiré n’était pas élevé, mais le hack était visible par tous, laissant les portes grandes ouvertes à n’importe qui souhaitant le reproduire. Cela s’est soldé par 55 millions de dollars hacké et la plus grande controverse sur la blockchain jamais vue. À ce jour, beaucoup d’inimitiés restent. Ce qui a failli tuer l’Ethereum, ce n’est pas le hack en soi, mais les dynamiques de groupe qui l’entourent. Qui sont cauchemardesques (mais ce sera pour une prochaine histoire du soir).

La leçon à retenir est : dès que vous déposez des fonds dans un contrat intelligent, vous prenez des risques considérables. Vous avez beau avoir trouvé les meilleurs développeurs du monde, souvenez-vous : aucun code n’est invulnérable et quelqu’un repèrera potentiellement la faille.

Les outils conçus avec les pieds

À l’heure où je vous parle, n’importe qui peut obtenir votre IP en vous envoyant un NFT, si vous utilisez Metamask (l’extension qui permet de se connecter aux différentes blockchains). C’est une menace à prendre très au sérieux, car quiconque peut vous envoyer un NFT peut également connaître le solde de votre portefeuille.

Oh, l’équipe derrière Metamask est au courant de la faille. Ils vont s’en occuper « dans les mois à venir ». Les mois. Des unités de 30 jours, oui.

Disons-le franchement : très peu de gens créent des outils remarquables et sécurisés, dans la cryptosphère. On encourage l’adoption de masse en mettant à disposition des outils qui mettent les gens en danger. On copie-colle du code sans trop le comprendre et bim, utilisez mon truc, les gueux ! Quand ensuite les bleus subissent les conséquences d’outils mal conçus, après avoir sauté à pied joints dans le dernier Ponzi à la mode, on leur rit au nez, car c’est rigolo de voir galérer les mêmes gens qu’on incitait à nous rejoindre.

Je ne parle pas des traders du dimanche, pour lesquels je n’ai aucune empathie. Je parle de gens qui comprennent le potentiel émancipateur de l’Ethereum et qui ont envie d’apprendre, de se lancer, ce qui est, à mon sens, extrêmement courageux. Cet espace est peuplé de mauvais codeurs et de cryptographes en carton qui se la pètent un peu trop et n’ont pas les moyens de leurs ambitions.

Comme toujours, sur la blockchain, l’avenir nous montrera qui mérite de lui survivre.

Qu’est-ce que le web3 ?

Attention : cet article est nul, à la limite de l’incompréhensible et je suis en train de le retravailler. Oui, je m’en suis rendu compte récemment. C’est la vie. Bisous.

« Quelles cryptos tu me conseilles d’acheter ? », voilà la question que je reçois depuis en plus et qui me rend chèvre. Pas aussi chèvre que mes pauvres interlocuteurs, condamnés à écouter mon monologue sur d’obscurs projets qui m’enthousiasment et qui n’ont aucun intérêt monétaire pour les investisseurs. On ne voit pas les les tokens —ou ce qu’on appelle maintenant les cryptomonnaies, dérivées de ceux-ci— sous le même prisme : la valeur monétaire ou la rentabilité n’arrivent qu’après un long processus d’adoption par un certain public, des gens qui voient une utilité en ceux-ci, contribuent à développer le réseau et se voient récompensés par celui-ci. Les tokens que nous avons sur nos portefeuilles sont brûlés, ils servent à faire et à construire dans un environnement : le web3.

C’est quoi, le web3 ?

Le web3 est une série d’interfaces à travers lesquelles nous interagissons entre nous sur la blockchain. Le boum des NFTs va me simplifier l’explication : les plateformes sur lesquelles les artistes du trash postent leurs immondes créations, comme Opensea, sont des interfaces. Pour s’y connecter, on synchronise dessus notre portefeuille. Chaque action faite, validée et signée, est enregistrée sur un registre public et visible par tous, comme l’Etherscan. Si la plateforme disparaît, le registre et les métadonnées restent. Il y a des subtilités, d’accord, mais gardez ce principe en tête : si Twitter décide de supprimer votre compte, comme pour Trump, votre identité numérique de shitposter disparaît. Si Opensea décide de supprimer votre compte, votre identité numérique disparaît sur cette plateforme, mais pas sur le réseau Ethereum. Vous pouvez tout restaurer sur une autre plateforme en synchronisant simplement votre portefeuille, voire, créer vous-même la dite-plateforme. C’est le principe de la souveraineté —dont j’ai parlé ici — vous restez maître de ce que vous avez créé et avez fait.

Les principes du web3

C’est @batsoupyum, sur Twitter, qui a pondu, à mon sens, la meilleure analogie pour expliquer le web3, sur le fondement et l’histoire de Wikipedia. Les contributeurs et contributrices l’ont construite et développée par passion pour l’utilité publique qu’elle apportait, parce qu’ils croyaient en son potentiel. Ils travaillent d’arrache-pied et mettent leurs compétences au service de ce projet sans rétribution. Il y a aussi un sens de la communauté et des dynamiques propres au fait d’être dans un projet novateur et encore méconnu, mais révolutionnaire.

De mon côté, j’ai toujours fait l’analogie dans mon esprit avec le projet WordPress, notamment avec l’équipe de traduction.

Que se passerait-il si les internautes pouvaient se plonger dans un projet qui leur tient à cœur et être rétribués, individuellement et collectivement, pour leur talent et leur excellent travail ? C’est pour cela qu’on parle de l’internet de la valeur, avec le web3. Il faut des tokens pour entrer dans le club, et l’on gagne des tokens en réalisant certaines actions, selon le projet et les règles qui s’y appliquent. Cela récompense les gens qui font, qui créent, qui contribuent réellement.

La fin du charlatanisme virtuel ?

On connaît tous des gens qui s’attribuent des mérites en pillant le labeur d’autrui : c’est le collègue qui vous exploite et vous fait travailler pour lui, puis va utiliser votre travail pour se mettre en avant lors de son évaluation annuelle. Sur le web2, on connaît l’épidémie des « influenceurs », qui n’influencent pas grand monde, en réalité, vu que leur audience est principalement composée de dizaines de milliers de bots qui vont faire gonfler leurs stats artificiellement, spammer les plateformes et leur donner une fausse autorité sur un sujet donné. On connaît aussi les fameux « créateurs » de contenu experts du copier-coller, que j’ai évoqués ici.

Le web3, lui, se fonde sur la sacro-sainte prook of work, enregistrée sur un registre public et consultable par n’importe qui.

La proof of work comme concept philosophique

Ma perspective est que la proof of work est plus qu’une considération technique de la cryptographie, mais qu’elle constitue l’un des principes philosophiques de notre civilisation au XXIᵉ siècle, sur lequel l’avenir est en train de se construire. Elle repose sur la transparence et résiste aux injonctions, aux manipulations de l’information et aux faux-semblants. La proof of work sonne la fin des charlatans, des profiteurs et des opportunistes, au profit des gens compétents et engagés virtuellement.

Oh, bien sûr, il y a l’histoire des pilleurs d’art qui en font des NFTs. On entrera peut-être dans les détails une prochaine fois. Sachez simplement qu’un NFT n’est pas que de l’art, mais que la spéculation sur l’art a toujours attiré en masse des gens ayant un grand besoin de blanchir de l’argent vite et facilement. L’art sous forme de NFT n’en est pas exempte. Mon idée est que les discours dénonçant les NFTs constituent plus une dénonciation de la spéculation sur l’art qu’autre chose. C’est un tout autre débat.

Quels projets ?

Même si nous n’en sommes qu’aux balbutiements du web3, il y a une myriade de projets en construction dans lesquels se plonger. Si votre seule motivation est la volonté de devenir millionnaire très vite, sans autre talent ou passion à votre actif, je suis au regret de vous annoncer que vous n’aurez pas les capacités de reconnaître le potentiel du projet susceptible de réaliser votre rêve.

Je ne pourrais pas vous faire la liste de tous les projets, mais je peux vous dire, en novembre 2021, ceux dans lesquels je suis impliquée et auxquels je participe régulièrement :

Tezos Domains ($XTZ)

Rien de plus que la création et l’enregistrement de noms de domaines sur le réseau Tezos. Si vous me suivez sur Twitter, vous savez que je troll notre bien-aimé Jean-Michel Blanquer par ce biais. Je suis accro à l’achat de noms de domaines, que voulez-vous.

objkt ($XTZ)

C’est l’interface que j’utilise pour mint les bannières de blog kitsch que je crée pour mon blog ou pour les sites d’autrui. Les jpeg et gifs ne sont pas hébergés sur la blockchain, attention : je crée un certificat d’origine sur la blockchain. J’utilisais hic et nunc avant, mais le développeur a décidé de fermer le site. Pas d’inquiétude, je me suis simplement synchronisée à une autre interface. Les sites servent simplement à rendre lisibles à l’oeil humain les métadonnées hébergées sur la blockchain.

Rarible ($RARI)

Je me suis amusée à y héberger les gifs ultra moches de mes chats que je crée moi-même. Le problème, c’est que le token circule sur le réseau Ethereum et que, depuis quelques mois, celui-ci est saturé. Les gas fees — de l’Ethereum qu’on brûle pour chaque action qu’on réalise sur le réseau— sont donc très élevées. Ayant vendu une grosse partie de mon Ethereum en mai 2021 (JE NE REGRETTE RIEN), j’ai migré ailleurs en attendant que la hype redescende, éventuellement.

ONTology ($ONT)

Mon chouchou. Une blockchain pour la décentralisation de l’identité et des données, dont les différents usages sont prometteurs. Elle présente de multiples solutions pour l’hébergement de données à un coût réduit sans compromettre la sécurité, grâce au système d’attestation, par exemple. J’ai déjà eu l’occasion de discuter avec Humpty Calderon sur ClubHouse et Twitter au sujet des implications éthiques et philosophiques de la construction d’algorithmes. Leur DAO est composé de gens qui prennent en compte ce genre de questions et qui refusent de répéter les erreurs du web2. J’ai relié mes réseaux sociaux à mon identité virtuellegrâce à leur wallet. Leur projet est discret, ne semble pas faire de bruit pour le moment, mais risque de devenir fondateur dans l’avenir de l’internet.

Session ($OXEN)

Une appli de messagerie qui utilise le protocole de Signal et le Perfect Forward Secrecy (PFS). Si vous voulez vous initier au partage d’échange de clés de chiffrement pour communiquer, je vous encourage à télécharger l’appli et à tester. Vous pouvez même me demander ma clé de chiffrement et discuter avec moi, je crée des clés de chiffrement uniques et jetables à cet effet.

Premier message historique de mon petit frère, quand je lui ai montré comment utiliser Session.

Cette liste ne constitue pas un conseil pour investir, je vous vois venir. C’est une liste d’outils. Je vous liste ici les réseaux sur lesquels je suis active, sans plus. Il y a encore beaucoup de choses et d’outils en construction, et je ne peux que vous répéter ce que vous lirez partout, à ce sujet : DYOW (Do Your Own Research).

Si vous aussi êtes dans des projets du web3 et êtes passionnés par celui-ci, parlez-m’en dans les commentaires !

[Edit au 13/11/2021] J’oubliais !!! J’ai commencé à créer des certificats d’origine sur La Fille Pas Sympa avec @WordProofio ($EOS). C’est au stade expérimental, je ne connais rien à leur projet, le plug in était simplement disponible et je dois encore créer mon propre contrat.

Apple veut scanner vos photos privées

Le 5 août 2021, Apple a semé le chaos et l’indignation parmi les tech experts en annonçant de nouvelles fonctionnalités sur ses appareils. Le but ? Protéger les mineurs des contenus sexuellement explicites et prévenir la circulation de contenus pédopornographiques. Pourtant, on peut facilement s’accorder avec n’importe qui -à l’exception de quelques détraqués- sur le fait la pédopornographie est horrible et qu’il faut protéger les enfants. Alors, pourquoi tout ce foin ? Explications.

Ce qu’Apple prévoit, concrètement

Dans les faits, Apple ne prévoit rien qui ne soit déjà en pas en place sur des plateformes comme Facebook ou Twitter : l’inspection et le scan des photos postées sur ces plateformes sont déjà en place, la nouveauté étant qu’Apple va pouvoir scanner les photos prises directement depuis l’appareil, reçues ou téléchargées, en puisant dans la bibliothèque photos que vous pensiez être privée.

Concrètement, les photos stockées dans votre bibliothèque, sur l’appareil, pourront être scannées sans qu’Apple puisse en voir le contenu. L’iPhone ou l’iPad va effectuer un calcul qui donnera un hash, une sorte d’empreinte de tout ce qui se trouve dans votre bibliothèque photos. Cette empreinte va ensuite être comparée automatiquement à une autre empreinte… une bibliothèque de photos « illégales » stockée sur les serveurs d’Apple. Le contenu de cette bibliothèque n’est pas dévoilé, Apple déclare qu’il s’agit de contenu considéré comme du « Child Sexual Abuse Material (CSAM) ». La comparaison de l’empreinte de votre bibliothèque à l’empreinte de cette bibliothèque de photos confidentielles donnera lieu à un certificat et c’est ce certificat qui donnera l’alerte ou pas.

À partir d’un certain nombre de matchs entre les deux empreintes -combien, personne ne sait-, le certificat produit indiquera à Apple que quelque chose de pas très net se passe dans votre bibliothèque de photos. Un être humain ira donc décrypter son contenu et déterminer si les autorités doivent être prévenues.

C’est cette annonce, donc, qui a fait monter au créneau un nombre important d’experts, qui reprochent à Apple de se détourner de ce qui a fait son succès, à savoir, la défense de la vie privée numérique. Dans le domaine de la cybersécurité, on appelle cela une backdoor, ou une porte dérobée. A priori, si vous n’êtes pas un pédopornographe, vous n’auriez rien à craindre, n’est-ce pas ?

Un outil de surveillance de masse tout prêt

Les géants tech sont déjà la cible de pressions gouvernementales constantes pour faire des concessions sur la vie privée de leurs usagers. Dans le cas d’Apple, et si on se fie aux révélations des employés qui travaillaient sur le projet, le chiffrement d’iCloud a été abandonné suite aux pressions du FBI. Apple a également cédé aux pressions du gouvernement chinois sur le contrôle de ses serveurs en Chine. Repensez à cette bibliothèque de photos confidentielle, qui sert de référence pour lancer l’alerte. Maintenant, songez à un régime totalitaire très friand du contenu des appareils de ses citoyens. Vous avez là un outil de surveillance de masse tout prêt, tout chaud, à disposition, présenté par Apple sous couvert de protection de l’enfance. Comme le dit Matthew Green, chercheur et expert dans le domaine de la cybersécurité et professeur à l’Université Johns Hopkins de Baltimore, les pressions de la part d’autres pays vont s’accumuler, l’avenir semble bien sombre et terrifiant. Il se demande, légitimement, quelle raison pourrait pousser Apple à dire au monde « Regardez, nous possédons cette technologie ».

La danse du ventre pour les parents control freak

Une autre fonctionnalité est celle du contrôle des photos reçues par les mineurs. Quand un appareil est configuré comme appartenant à un mineur, iMessage pourra scanner l’image et identifier la nudité. L’image sera alors floutée et si le mineur veut tout de même la voir, une alerte sera envoyée à ses parents.

Les messages qui s’afficheront lors de la consultation de contenus sexuellement explicites.

Au lieu de renvoyer aux parents et aux professionnels de l’éducation -dont je fais partie- à nos responsabilités quant à l’apprentissage de la gestion des outils technologiques, Apple nous décharge gentiment de ce travail en surveillant le contenu du téléphone des mineurs. C’est peut-être, en tant qu’enfant ayant grandi constamment surveillée dans une secte et sans le droit à une vie privée, l’annonce qui m’a le plus glacé le sang.

Quel est l’impact psychologique d’une telle technologie sur un enfant ? Il sera, bien sûr, conditionné à être surveillé et contrôlé, puisque cela semble plus facile que de l’accompagner dans l’acquisition de l’autonomie numérique. Quel est, surtout, l’impact psychologique de grandir et de se développer en sachant ses communications constamment surveillées ? Plutôt que de créer un cadre sécurisant qui permettrait à un enfant de se confier à un adulte de son choix, le petit mouchard va plutôt alerter ses parents, même en cas de faux positif -ce qui arrive plus fréquemment qu’on ne le croit.

Que l’on soit clair, je ne souhaite pas que des enfants soient exposés à du contenu sexuellement explicite. Il me semble pourtant que fournir les efforts collectifs nécessaires à leur éducation et à leur autonomie, plutôt que céder à un outil de surveillance, leur sera plus bénéfique et moins dangereux à long terme. De plus les dérives en cas de maltraitance et de violences conjugales ne sont pas difficiles à imaginer, avec un tel outil.

« Pourquoi Apple voudrait dire au monde ‘Regardez, nous possédons cette technologie’?. »

Matthew Green
L’arrogance de la tech qui va nous mener à notre perte

Ce « pourquoi ? » est ce qui m’interroge, personnellement. Quelles sont les pressions qui ont poussé Apple à développer cette technologie ? Qui attend d’un fabricant de technologie qu’il lutte contre la pédopornographie ? On ne peut nier qu’il s’agit d’un cheval de bataille légitime et nécessaire, mais ce n’est pas celui d’Apple, quoi que Tim Cook en dise. Cela ressemble, à mon avis, à un retournement de veste en toute règle, à un changement de politique sur la vie privée, à l’aide d’un prétexte noble et difficile à contredire. Si Apple veut scanner votre bibliothèque à la recherche de pédopornographie et que vous vous y opposez publiquement, vous aurez l’air d’un pédopornographe en panique.

Il arrive que des entreprises devenues trop puissantes s’arrogent des prérogatives qui ne leur reviennent pas, avec l’arrogance qui caractérise le chevalier sauveur des femmes et des enfants. En pondant un outil puissant qui, tombé entre les mains de dictateurs, de gourous ou d’individus maniaques du contrôle, va devenir une arme redoutable. Apple s’arroge ici le droit de décider du contenu à signaler, à partir d’une base de données qui est exclusivement sous son contrôle. Que se passera-t-il quand ils céderont à des pressions pour détecter d’autres types de contenus, comme des manifestations ou des activités politiques ?

Peut-on encore utiliser un iPhone et échapper à son outil de surveillance ?

La réponse est oui. On peut, en réalité, utiliser n’importe quel appareil et prendre des décisions en son âme et conscience. Il est tout à fait possible d’utiliser un iPhone en désactivant iCloud sélectivement, en décochant les fonctionnalités reliées à iCloud. En allant dans Réglages > Id. Apple, iCloud, médias et achats > iCloud, vous pouvez non seulement déconnecter votre galerie de photos d’iCloud, mais également effacer toutes les photos stockées dessus en allant dans « Gérer le stockage ».

iCloud est généralement activé par défaut, ce qui vous permet de ne pas surcharger la mémoire de votre appareil, il se peut que vous deviez transférer toutes vos photos ailleurs avant, si vous en avez beaucoup et que vous souhaitez réaliser cette manip. Il serait d’ailleurs intéressant de voir la réaction d’Apple si un nombre important de ses utilisateurs déconnectait en masse iCloud de leur bibliothèque de photos…

La réponse n’est pas d’utiliser un autre appareil ou de revenir aux téléphone à clapets, nous pouvons parfaitement vivre avec notre temps et profiter des avancées technologiques de notre époque. En revanche, il n’est pas inutile d’apprendre le fonctionnement des outils que nous utilisons, de faire des choix conscients au lieu de subir les décisions mégalomanes des leaders de la tech, ainsi que d’adopter des comportements qui barreront le passage aux atteintes à la vie privée. C’est la vôtre, vous avez le dernier mot sur ce que vous souhaitez partager, personne d’autre.

Pourquoi le prix du Bitcoin n’a aucune importance

La cryptosphère s’est enflammée, la semaine dernière, suite à l’annonce faite par Elon Musk : Tesla cesse d’accepter le Bitcoin, sous prétexte de questions environnementales. Les défenseurs du Bitcoin se sont insurgés, des tweets condescendants et passif-agressifs ont été échangés entre tech-bros, c’était chaotique, c’était le cirque, c’était beau.

Une question secondaire d’un point de vue technique.

Ce post n’a pas pour vocation d’essayer d’élucider les motivations de Musk, pour la simple raison que l’on confère au personnage plus d’importance qu’il n’en a réellement. Ce post explique pourquoi, d’un point de vue technique, la valeur du Bitcoin en dollars/ euros n’est que secondaire, tel qu’il a été conçu. Il s’adresse à un public curieux, qui n’a aucune connaissance en la matière.

Gérard veut acheter un gode géant

Imaginons que Gérard veuille acheter un gode géant. Il va donc sur gode géant point com, une coquette boutique en ligne où il pourra trouver son bonheur, un gode géant pour la modique somme de 90 $. Gérard n’a pas trop envie que sa banque suive à la trace sa consommation, notamment concernant cet achat délicat : les rendez-vous avec son conseiller bancaire risquent de s’avérer… gênants. Le saviez-vous ? Votre relevé bancaire dresse un portrait-robot très pertinent de votre personnalité, vos passe-temps, vos habitudes de consommation. De plus, Gérard a regardé le dernier Cash Investigation sur la mane que représentent les données d’utilisateurs, et n’a pas envie d’être le dindon de la farce.

Cependant, Ô bonheur, gode géant point com accepte le Bitcoin ! Gérard sort donc sa carte de débit et achète pour 100 $ de Bitcoin, sur une plateforme d’échanges. Sa banque saura donc qu’il a acheté de la crypto-monnaie, mais ne saura pas laquelle, ni ce qu’il en fera. Une fois son achat de Bitcoin effectué, il retourne sur la boutique en ligne et ajoute le gode géant dans son panier, note son adresse, puis clique sur « payer » puis sur « Payer en Bitcoin ». Un message avec l’adresse du portefeuille Bitcoin de la boutique s’affiche alors. Gérard envoie la somme et attend que la transaction soit confirmée. Quelques minutes plus tard, un message s’affiche sur son écran, lui confirmant sa commande et une date de livraison pour son gode géant. Gérard est content.

Le « prix » du Bitcoin n’a pas de sens

Dans ce cas concret, Gérard a effectué ses transactions en quelques minutes, le prix du Bitcoin a eu peu de probabilités de chuter radicalement. Qu’il vaille 1 ou 100 000 $, il n’en a acheté que pour 100 $ et en a dépensé 90, plus 5 $ pour les frais de réseaux, l’histoire s’arrête là. C’est le but premier du Bitcoin : permettre à deux personnes d’effectuer des transactions sécurisées, confidentielles, et sans intermédiaires. Gérard peut décider de récupérer les 5 $ restant en les convertissant à nouveau, ou les laisser sur son portefeuille et oublier. Ô, surprise, dix ans plus tard, par un effet de bulle spéculative, ces 5 $ ont été multipliés par mille ! Gérard peut donc acheter plein d’autres godes géants, en toute impunité. À condition de ne pas avoir oublié ses identifiants de portefeuille, entre autres.

La différence entre utilisation et capitalisation

Gérard s’est retrouvé avec un portefeuille d’une valeur de 5 000 $ par accident, il n’a pas fait exprès de tirer un profit financier du Bitcoin : il était tellement content de son achat qu’il en a oublié la petite monnaie restante sur son portefeuille de Bitcoin. Croyez-le ou non, c’est ainsi que les premiers utilisateurs du Bitcoin sont devenus riches : par accident. Les plus gros portefeuilles sur la blockchain – le réseau sur lequel est hébergé le Bitcoin, visible par tous – n’affichent plus de transactions depuis environ dix ans, ce qui veut probablement dire que leurs propriétaires ont perdu l’accès. Si Gérard a laissé son argent sur la plateforme d’échange, il y a de grandes chances pour qu’elle ait fermé, emportant avec elle son portefeuille, ou que son compte se fasse hacker et vider entre-temps. C’est dommage, mais peu importe : Gérard n’avait pas mis les économies de toute une vie dans le Bitcoin.

Pour ceux qui ont investi dans le Bitcoin, en espérant des gains faramineux, les dernières déclarations d’Elon Musk sont un coup dur. Voir la valeur de son portefeuille se diviser par deux pour la première fois, ça fout les boules, mais ça forge aussi le caractère.

Les quatre grands principes du Bitcoin

Cependant, pas besoin d’être un trader pour utiliser le Bitcoin : je paie en Bitcoin dès qu’un commerce le propose. « Mais Julia, c’est de la folie, tu paies EN BITCOIN ??? C’EST DE L’OR NUMÉRIQUE !!! ». Non, ce n’est pas de la folie : c’est une technologie révolutionnaire, un système de transaction qui émancipe l’individu du système bancaire, et qui repose sur quatre principes :

  1. Le pseudonyme : votre identité, c’est votre adresse Bitcoin. Il n’est pas nécessaire de révéler son identité civile pour effectuer des transactions. Gérard aurait pu mettre un faux nom et une boîte postale pour recevoir son colis. Le commerçant n’aura pas l’identité liée à sa carte de débit.
  2. La décentralisation : chaque utilisateur possède une copie de l’historique des transactions. Quand deux personnes se révèlent mutuellement leurs adresses, on peut consulter toutes ses transactions. C’est pour cela que Satoshi Nakamoto – le créateur du Bitcoin – préconisait de n’utiliser qu’une adresse par transaction, par souci de confidentialité. On peut en créer autant qu’on veut. Ainsi, le réseau et le vendeur peuvent vérifier que la somme exacte a été envoyée, sans risquer la fraude.
  3. L’immuabilité : Il est impossible qu’un utilisateur modifie le réseau de transaction en sa faveur. Si Gérard envoie la somme, il ne peut pas la récupérer, ce qui évite au commerçant le fameux chargeback liées aux transactions à haut risque. Gérard ne pourra pas regretter et dire à sa banque qu’il s’agit d’une utilisation frauduleuse de sa carte, car : il n’y a pas de banque. Ce qui nous amène ou dernier point :
  4. La méfiance : les utilisateurs du Bitcoin sont leurs propres banques et n’ont besoin d’aucune institution pour s’assurer que la transaction a été effectuée et enregistrée par le réseau.

Vous l’aurez compris, être sa propre banque implique également un grand degré de responsabilité. Si vous perdez la phrase vous permettant d’avoir accès à votre portefeuille, vous perdez votre argent. Si vous le confiez à un tiers – une plateforme d’échange – vous risquez également de tout perdre en vous faisant hacker, si la plateforme ferme et disparaît du jour au lendemain, ou encore, si la plateforme décide de bloquer votre compte pour X raisons. Voilà pourquoi Gérard a tout intérêt à laisser la petite monnaie dans un portefeuille qu’il possède, et de garder le mot de passe en lieu sûr.

La ruée vers l’or numérique et les désillusions des magnats de la finance

Elon Musk n’a pas pu mettre la main sur la blockchain, car personne ne le peut. Il s’agit d’un fonctionnement communautaire, mais il n’est pas le premier à vouloir s’ériger en parrain d’un énième truc un peu fou. Même Tesla ne comprend pas pourquoi il s’acharne à vouloir se définir comme le fondateur de l’entreprise. Dans la même veine, les tradeurs du dimanche qui ont fleuri autour du Bitcoin, à coup de vidéos Youtube et de cours payants, ne sont pas les premiers à se casser les dents face au cours spéculatif du Bitcoin. On note une confusion avec l’investissement en bourse, là où la blockchain a été conçue pour permettre à des personnes d’effectuer des transactions loin des yeux de la finance. C’est ballot. Effectivement, plus son utilisation est généralisée, plus le Bitcoin risque de prendre de la valeur, d’autant plus que sa quantité est limitée, contrairement au fiat – l’argent relié à un pays, qui peut être créé à l’infini.

Les utilisateurs aguerris du Bitcoin ne vouent pas un culte à Musk, contrairement aux day trader du dimanche. C’est dur pour l’ego, mais encore une fois, cela forge le caractère. Se heurter aux cypherpunks, quand on a l’habitude d’être brossé dans le sens du poil et érigé en Pape, c’est dur. Je suis presque tentée de compatir – presque.

Un outil politique

Comme tout outil, la blockchain devient ce qu’on en fait. Vous êtes une association ou un collectif qui s’est fait éjecter d’un processeur de paiement en raison de politiques discriminatoires ? Vous souhaitez faire des dons à une association ou à un mouvement politique sans que cela apparaisse sur votre relevé bancaire, en préservant votre identité civile ? L’argent est le nerf de la guerre et le Bitcoin peut être une bonne solution. Il existe des moyens d’accepter directement du Bitcoin depuis son site internet, qui vous garantissent l’anonymat, même sur la blockchain. Les convertir en euros ou en dollars est relativement rapide, mais vous pouvez également les utiliser directement auprès de prestataires les acceptant comme moyen de paiement, comme Gérard. Si vous avez besoin de conseils dans ce sens, n’hésitez pas à utiliser le formulaire de contact sur ce site, je le fais gratuitement pour des organisations et des causes que je soutiens personnellement.

Si je ne vous soutiens pas, vous n’aurez rien, même en me payant grassement 🙂

Edit au 19/05/2021 : Venmo bloque des virements faisant mention de soutien à la Palestine.

Edit au 2/06/2021 : PayPal suspend le compte vieux de 20 ans de Larry Brandt, défenseur de la liberté numérique.

Des ressources pour aller plus loin (en anglais) :

How Bitcoin works in 5 minutes

Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System

The Untold Story of Silk Road, Part 1

Protéger son identité sur internet.

Comme la plupart des blogueurs de mon âge, l’essentiel de mon activité à toujours été hébergé en ligne, depuis mes 13-14 ans, malgré des occupations diverses et variées IRL. La publication de mon livre en format papier représente l’irruption d’une partie de mon travail vers l’IRL, mais également la perte du privilège de l’anonymat sous ce nom.

Le monde change, Internet aussi

Ce qui a commencé comme une activité de blogging intense à l’adolescence, s’est progressivement transformée en construction et développement de sites, d’espaces et de refuges divers dans les méandres du web. Il me fallait m’émanciper des plateformes de blogging, construire les miennes, afin d’obtenir l’indépendance éditoriale totale. En 2021, Internet est gentrifié, légiféré et censuré, du moins sur les plateformes offrant le plus de visibilité. Le problème n’est pas la censure (qui a toujours existé, à travers la modération) mais plutôt qui détient le monopole et décide arbitrairement d’autoriser l’accès à des services / espaces en ligne.

De plus, le chiffrement a disparu au profit de l’exploitation des données d’utilisateurs : il y aura toujours quelqu’un, à l’autre bout du fil, qui pourra relier votre identité civile à votre activité d’internaute. Cela présente de multiples dangers, pour les personnes les plus exposées à des représailles IRL : militants politiques, TDS, personnalités publiques, adultes et mineurs LGBT, et j’en passe.

Des outils pour protéger sa vie privée et son identité

Protéger son identité et sa vie privée est toujours possible, à condition de connaître et de maîtriser certains outils. Pour les personnes citées précédemment, il en va de leur sécurité et parfois, de leur survie. Cependant, l’utilisateur lambda, qui n’a « rien à cacher », peut tirer profit de ces outils. Je ne passerai pas mon temps à vous convaincre, à expliquer le pourquoi du comment, je me contente de partager ces outils, à disposition d’adultes responsables et capables de prendre leurs propres décisions.

1) Le projet wiquaya

Adressées aux personnes queers, pour protéger sa vie privée, mais pas que. Le site fournit des fiches explicatives très pédagogiques, simples, avec des liens pour télécharger des extensions et différents outils qui vous simplifieront là tâche. Des cas pratiques sont également présentés pour vous permettre d’identifier de bonnes pratiques à mettre place, en fonction de votre situation.

2) La version 14.5 d’iOS

Pour les utilisateurs d’iPhone, la version 14.5 vous permet de désactiver le suivi des applis. Cela constitue une révolution, qui a mis très en colère ce psychopathe de Mark Zuckerberg, mais qui ne fait pas l’objet de ce billet. Pour résumer, je dirai que vous avez tout intérêt à ne pas autoriser une start-up, probablement dirigée par un CEO mégalomane, à suivre l’activité de votre appareil. Si vous avez un iPhone, vous vivez probablement avec un seul rein dorénavant, donc autant en avoir pour son argent.

Suivez tout simplement cette procédure, après avoir installé la mise à jour : Réglages > Confidentialité > Suivi > Décochez « Autoriser les demandes de suivi des apps ».

Perspectives personnelles et virtuelles

Voilà un bon moment que je suis en pause professionnelle virtuelle. Je n’ai pas produit grand-chose en tant que Julia March, depuis 2017, et pour être honnête, j’apprécie le calme que cela représente.

Je ne suis pas disponible pour des commandes professionnelles, je profite de ce (long) temps de pause pour faire ce qu’il me chante, sans devoir rendre de comptes à qui que ce soit, sans délais, sans cahier des charges. Ce blog hébergera du compte rendu d’applications que j’utilise dans mon quotidien, de ma propre initiative et en toute honnêteté.

Au programme, sur ce blog :

  • La gym cérébrale : comment j’ai vaincu ma frayeur des mathématiques.
  • Le tchat et les paiements à travers le Lightning Network : s’émanciper des interfaces classiques pour fuir le pourriel / spam, mais aussi échapper à l’inflation des monnaies officielles.
  • Les certifications Google : L’acquisition de compétences pratiques et immédiatement applicables dans le monde professionnel, sans diplômes préalables exigés.
  • Le grand boum de la cryptomonnaie : des pratiques pour se prémunir des arnaques, ainsi qu’une liste d’écueils à éviter.

Pas de calendrier éditorial, pas de dates de publications précises, je ne suis au service que de moi-même 🙂

Pourquoi vous devriez bannir le pop-up

Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer l’émergence de petites bulles de conversation, en bas de votre écran, quand vous naviguez sur un site. Parfois, le pop up se lance, sans que vous n’ayez rien demandé, pour vous demander si vous avez besoin « d’aide ». La plupart des sites marchands vous proposent d’installer ce type d’extensions, vous promettant une augmentation des ventes et une prospection plus précise selon les besoins de vos clients. On trouve de nombreuses fonctionnalités en fonction des extensions ou des applications proposées, avec certaines offres gratuites et d’autres payantes. C’est là que l’on est tenté de mettre en place des processus qui peuvent se révéler complètement contreproductifs, sans s’en rendre compte.

Comme toujours, avec nos joujoux technologiques, le problème ne réside pas forcément dans l’outil mais dans l’usage que l’on en fait. Donner l’opportunité aux visiteurs de votre site de converser directement avec vous est une excellente idée, surtout si vous proposez des services ou des produits qui doivent prendre en compte des besoins individuels très différents pour chaque client potentiel. La bulle de tchat s’avère cependant un peu hors-sujet pour des ventes que vous réaliseriez avec ou sans conversation en ligne : si votre produit est de qualité et que vous avez soigné votre communication, la personne souhaitant l’acheter le fera, avec ou sans pop-up. Un pop-up peut s’avérer dissuasif pour votre client potentiel, surtout si le tchat s’ouvre alors que le visiteur vient de daigner cliquer sur votre site.

Des gourous du « digital marketing » vous ont peut-être répété à longueur de vidéo Youtube qu’en lançant un pop-up automatiquement, sans qu’aucune manipulation de la part du visiteur soit requise, vous engagez le visiteur dans le fameux tunnel de vente, le « funnel », que c’est une bonne chose à faire. Oui, peut-être. Cependant, l’être humain est bien plus complexe que les manuels de marketing agressif veulent le faire croire et vous risquez de faire fuir plus d’un visiteur qui, sans ce pop-up, aurait cliqué sur le si précieux bouton « Acheter maintenant ».

Prenons un peu de hauteur et regardons à quoi ressemble « l’expérience utilisateur » sur Internet et les réseaux sociaux en 2021. L’explosion du commerce en ligne de ces dernières années a colonisé presque toutes les interfaces qui servaient aux êtres humains à interagir entre eux et à se construire en communauté : il n’y a qu’à voir la déchéance de Facebook, où vous ne pouvez plus dérouler votre fil d’actualités sans contempler des publicités « ciblées » – qui n’en portent que le nom – ainsi que des « informations » aux sources douteuses provenant de pages auxquelles vous ne vous êtes jamais abonné. Depuis le rachat d’Instagram par Zuckerberg, ce réseau est également devenu un vaste centre commercial en ligne, où vous ne verrez plus les photos de chats mignons de vos amis à moins que ceux-ci aient programmé leur publication un mois à l’avance, acheté des crédits publicitaires et aient inséré un bouton vous dirigeant vers un site d’achat de croquettes pour chats mignons. À propos d’Instagram, Christian Chavagneux écrit qu’il va « développer au fil des ans tous les travers de sa maison mère : publicité cachée, foyer de désinformation russe, achat de followers escroqueries, ventes illégales d’opioïdes, source d’anxiété chez les ados qui en ont fait leur réseau social préféré »1.

Résumons : l’expérience en ligne ressemble à un tunnel de vente permanent. Les visiteurs de votre site y arrivent déjà probablement saturés et votre pop-up risque d’être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Vous n’avez pas la main sur les algorithmes créés par des techbros à l’égo surdimensionné qui classent les êtres humains dans des cases telles que « genre – âge – profession » – ayant pour conséquence qu’une femme qui vient de faire une fausse couche se retrouve devant des pubs de test de grossesse complètement à côté de la plaque -, mais vous avez la main sur l’expérience que vous pouvez fournir aux personnes qui visiteront votre site. C’est là que l’intelligence, l’esprit critique et la réflexion doivent entrer en jeu, rien ne doit être négligé, on entre dans le domaine de la psychologie, de l’émotionnel, et peu importe ce que vous dira le gourou en « marketing digital », votre site résonnera différemment chez chacun de vos visiteurs.

Mon parti pris ? Foutez-leur la paix. Laissez le pointeur de la souris explorer, rendez les informations accessibles, mais pas envahissantes. Ayez à disposition une FAQ et un formulaire de contact esthétique, qui peut éventuellement se présenter sous la forme d’une conversation en ligne – j’utilise la version gratuite de Typeform, par exemple, car il est joli et j’aime les jolies choses -, mais résistez à la tentation d’insérer le code afin que le machin se réveille tout seul et vienne interrompre ce qui, jusqu’à ce moment précis, aurait pu être une navigation agréable. Comme le dit si bien le développeur avec qui je travaille : « Je ne sais même pas encore ce qu’on me propose qu’on veut déjà me vendre un truc ».

Les visiteurs de votre site sont des êtres humains, qui peuvent difficilement être rangés dans des catégories, malgré leurs ressemblances. Leur fonctionnement émotionnel et neurologique est unique et là où l’un trouvera votre site plan-plan et partira vite, un autre le trouvera reposant et aura envie d’y rester. Quant à celui qui vient y faire son shopping, ne risquez pas de le faire fuir en le noyant sous les demandes pressantes d’un bot en mal d’attention.

  1. CHAVAGNEUX, Christian, « Instagram ou le capitalisme de l’égo » in Alternatives Économiques, N° 407 décembre 2020, p. 80.

Ulysses : mon ghetto doré.

Depuis quelques mois, j’utilise l’application Ulysses pour rédiger tous mes textes. J’ai souscrit à l’abonnement en me disant que, si je n’étais pas convaincue, je reviendrais à un éditeur de texte classique, à l’ancienne. Mon activité d’auteur et de rédactrice me mène à écrire beaucoup et vite, et j’ai toujours eu du mal à me relire. Les pros de la rédaction le savent : se relire soi-même est un enfer, la rédaction et la correction sont deux tâches qui fonctionnent bien mieux quand elles sont divisées. Cela ne pose pas de problème en tant qu’auteur pour une maison d’édition, puisque celle-ci paye un correcteur pour nous relire, mais quand on doit assurer soi-même cette tâche, c’est une toute autre histoire.
Après avoir utilisé Ulysses pendant trois mois, je n’ai qu’une chose à dire aux créateurs : PRENEZ TOUT MON ARGENT. J’en parlerai peut-être plus longuement sur mon blog, mais je la considère parfaitement adaptée aux rédacteurs du web, avec son système de balisage minimaliste, ainsi qu’aux cyberdocumentalistes, de par son système de mot-clés. Voici la philosophie d’Ulysses, telle qu’énoncée par ses créateurs :

« À notre avis, les rédacteurs ne doivent pas s’ennuyer avec la mise en page. Du moins, le travail de mise en page ne devrait jamais interférer avec le processus de rédaction en soi. Appelez ça comme vous voulez — sans distraction, zen, purement sémantique, mini minimal, néo rétro —, le fait est qu’il vaut mieux séparer la création de contenu de la présentation qui risque sinon d’entraver l’idée. Du moins finira-t-elle par le faire. C’est dans la nature des choses. »

En tant que webmaster éditorial, je prends en compte la mise en page au moment de créer un site et m’amuse beaucoup en expérimentant. En revanche, je conviens que le travail de rédaction peut être parasité par les tableaux de mise en forme, mais c’est un débat intemporel qui fait également rage parmi les développeurs web. C’est bien pour cela que j’apprécie beaucoup la mise en page minimaliste d’Ulysses, qui n’est pas sans rappeler les interfaces des codeurs. On peut se concentrer sur la qualité du contenu, ainsi que sur la cohérence sémantique et syntaxique du texte, pour ensuite passer à des considérations plus frivoles.

Si vous êtes déjà utilisateur d’Apple et êtes amenés à écrire souvent, de par vos études ou votre métier, je ne peux que vous conseiller d’essayer Ulysses. Bon à savoir : les étudiants et enseignants bénéficient, aux dernières nouvelles, d’une réduction considérable. L’abonnement sans réduction commence à 4,17 € par mois et croyez-moi quand je vous dis que ces euros ont été largement rentabilisés. J’écris en ce moment-même ce post depuis l’application, qui va ensuite le publier sur ce site, à l’heure et au jour de mon choix.

N’étant pas un logiciel libre, l’outil ne séduit pas forcément tous les pros. Il n’est disponible que pour les utilisateurs d’Apple, fermé et payant. Terhemis décrit ce système comme un « techno-cocon confortable » qui le « révulse », malgré les fonctions d’Ulysses, qu’il qualifie de « parfaites ». C’est justement l’aspect confortable qui m’a convaincue, dans mon cas, mais si la communauté du logiciel libre parvenait à développer un outil similaire, je me jetterai dessus comme la petite vérole sur le bas clergé. Si le sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture de ses péripéties sur son blog.

En tant que rédacteurs geeks, qu’utilisez-vous et pourquoi ? Préférez-vous les éditeurs de textes classiques ? Avez-vous cherché à développer votre propre outil de rédaction ? Vous vautrez-vous déjà honteusement dans votre cage dorée avec Ulysses ?