Qu’est-ce que le web3 ?

« Quelles cryptos tu me conseilles d’acheter ? », voilà la question que je reçois depuis en plus et qui me rend chèvre. Pas aussi chèvre que mes pauvres interlocuteurs, condamnés à écouter mon monologue sur d’obscurs projets qui m’enthousiasment et qui n’ont aucun intérêt monétaire pour les investisseurs. On ne voit pas les les tokens —ou ce qu’on appelle maintenant les cryptomonnaies, dérivées de ceux-ci— sous le même prisme : la valeur monétaire ou la rentabilité n’arrivent qu’après un long processus d’adoption par un certain public, des gens qui voient une utilité en ceux-ci, contribuent à développer le réseau et se voient récompensés par celui-ci. Les tokens que nous avons sur nos portefeuilles sont brûlés, ils servent à faire et à construire dans un environnement : le web3.

C’est quoi, le web3 ?

Le web3 est une série d’interfaces à travers lesquelles nous interagissons entre nous sur la blockchain. Le boum des NFTs va me simplifier l’explication : les plateformes sur lesquelles les artistes du trash postent leurs immondes créations, comme Opensea, sont des interfaces. Pour s’y connecter, on synchronise dessus notre portefeuille. Chaque action faite, validée et signée, est enregistrée sur un registre public et visible par tous, comme l’Etherscan. Si la plateforme disparaît, le registre et les métadonnées restent. Il y a des subtilités, d’accord, mais gardez ce principe en tête : si Twitter décide de supprimer votre compte, comme pour Trump, votre identité numérique de shitposter disparaît. Si Opensea décide de supprimer votre compte, votre identité numérique disparaît sur cette plateforme, mais pas sur le réseau Ethereum. Vous pouvez tout restaurer sur une autre plateforme en synchronisant simplement votre portefeuille, voire, créer vous-même la dite-plateforme. C’est le principe de la souveraineté —dont j’ai parlé ici — vous restez maître de ce que vous avez créé et avez fait.

Les principes du web3

C’est @batsoupyum, sur Twitter, qui a pondu, à mon sens, la meilleure analogie pour expliquer le web3, sur le fondement et l’histoire de Wikipedia. Les contributeurs et contributrices l’ont construite et développée par passion pour l’utilité publique qu’elle apportait, parce qu’ils croyaient en son potentiel. Ils travaillent d’arrache-pied et mettent leurs compétences au service de ce projet sans rétribution. Il y a aussi un sens de la communauté et des dynamiques propres au fait d’être dans un projet novateur et encore méconnu, mais révolutionnaire.

De mon côté, j’ai toujours fait l’analogie dans mon esprit avec le projet WordPress, notamment avec l’équipe de traduction.

Que se passerait-il si les internautes pouvaient se plonger dans un projet qui leur tient à cœur et être rétribués, individuellement et collectivement, pour leur talent et leur excellent travail ? C’est pour cela qu’on parle de l’internet de la valeur, avec le web3. Il faut des tokens pour entrer dans le club, et l’on gagne des tokens en réalisant certaines actions, selon le projet et les règles qui s’y appliquent. Cela récompense les gens qui font, qui créent, qui contribuent réellement.

La fin du charlatanisme virtuel ?

On connaît tous des gens qui s’attribuent des mérites en pillant le labeur d’autrui : c’est le collègue qui vous exploite et vous fait travailler pour lui, puis va utiliser votre travail pour se mettre en avant lors de son évaluation annuelle. Sur le web2, on connaît l’épidémie des « influenceurs », qui n’influencent pas grand monde, en réalité, vu que leur audience est principalement composée de dizaines de milliers de bots qui vont faire gonfler leurs stats artificiellement, spammer les plateformes et leur donner une fausse autorité sur un sujet donné. On connaît aussi les fameux « créateurs » de contenu experts du copier-coller, que j’ai évoqués ici.

Le web3, lui, se fonde sur la sacro-sainte prook of work, enregistrée sur un registre public et consultable par n’importe qui.

La proof of work comme concept philosophique

Ma perspective est que la proof of work est plus qu’une considération technique de la cryptographie, mais qu’elle constitue l’un des principes philosophiques de notre civilisation au XXIᵉ siècle, sur lequel l’avenir est en train de se construire. Elle repose sur la transparence et résiste aux injonctions, aux manipulations de l’information et aux faux-semblants. La proof of work sonne la fin des charlatans, des profiteurs et des opportunistes, au profit des gens compétents et engagés virtuellement.

Oh, bien sûr, il y a l’histoire des pilleurs d’art qui en font des NFTs. On entrera peut-être dans les détails une prochaine fois. Sachez simplement qu’un NFT n’est pas que de l’art, mais que la spéculation sur l’art a toujours attiré en masse des gens ayant un grand besoin de blanchir de l’argent vite et facilement. L’art sous forme de NFT n’en est pas exempte. Mon idée est que les discours dénonçant les NFTs constituent plus une dénonciation de la spéculation sur l’art qu’autre chose. C’est un tout autre débat.

Quels projets ?

Même si nous n’en sommes qu’aux balbutiements du web3, il y a une myriade de projets en construction dans lesquels se plonger. Si votre seule motivation est la volonté de devenir millionnaire très vite, sans autre talent ou passion à votre actif, je suis au regret de vous annoncer que vous n’aurez pas les capacités de reconnaître le potentiel du projet susceptible de réaliser votre rêve.

Je ne pourrais pas vous faire la liste de tous les projets, mais je peux vous dire, en novembre 2021, ceux dans lesquels je suis impliquée et auxquels je participe régulièrement :

Tezos Domains ($XTZ)

Rien de plus que la création et l’enregistrement de noms de domaines sur le réseau Tezos. Si vous me suivez sur Twitter, vous savez que je troll notre bien-aimé Jean-Michel Blanquer par ce biais. Je suis accro à l’achat de noms de domaines, que voulez-vous.

objkt ($XTZ)

C’est l’interface que j’utilise pour mint les bannières de blog kitsch que je crée pour mon blog ou pour les sites d’autrui. Les jpeg et gifs ne sont pas hébergés sur la blockchain, attention : je crée un certificat d’origine sur la blockchain. J’utilisais hic et nunc avant, mais le développeur a décidé de fermer le site. Pas d’inquiétude, je me suis simplement synchronisée à une autre interface. Les sites servent simplement à rendre lisibles à l’oeil humain les métadonnées hébergées sur la blockchain.

Rarible ($RARI)

Je me suis amusée à y héberger les gifs ultra moches de mes chats que je crée moi-même. Le problème, c’est que le token circule sur le réseau Ethereum et que, depuis quelques mois, celui-ci est saturé. Les gas fees — de l’Ethereum qu’on brûle pour chaque action qu’on réalise sur le réseau— sont donc très élevées. Ayant vendu une grosse partie de mon Ethereum en mai 2021 (JE NE REGRETTE RIEN), j’ai migré ailleurs en attendant que la hype redescende, éventuellement.

ONTology ($ONT)

Mon chouchou. Une blockchain pour la décentralisation de l’identité et des données, dont les différents usages sont prometteurs. Elle présente de multiples solutions pour l’hébergement de données à un coût réduit sans compromettre la sécurité, grâce au système d’attestation, par exemple. J’ai déjà eu l’occasion de discuter avec Humpty Calderon sur ClubHouse et Twitter au sujet des implications éthiques et philosophiques de la construction d’algorithmes. Leur DAO est composé de gens qui prennent en compte ce genre de questions et qui refusent de répéter les erreurs du web2. J’ai relié mes réseaux sociaux à mon identité virtuellegrâce à leur wallet. Leur projet est discret, ne semble pas faire de bruit pour le moment, mais risque de devenir fondateur dans l’avenir de l’internet.

Session ($OXEN)

Une appli de messagerie qui utilise le protocole de Signal et le Perfect Forward Secrecy (PFS). Si vous voulez vous initier au partage d’échange de clés de chiffrement pour communiquer, je vous encourage à télécharger l’appli et à tester. Vous pouvez même me demander ma clé de chiffrement et discuter avec moi, je crée des clés de chiffrement uniques et jetables à cet effet.

Premier message historique de mon petit frère, quand je lui ai montré comment utiliser Session.

Cette liste ne constitue pas un conseil pour investir, je vous vois venir. C’est une liste d’outils. Je vous liste ici les réseaux sur lesquels je suis active, sans plus. Il y a encore beaucoup de choses et d’outils en construction, et je ne peux que vous répéter ce que vous lirez partout, à ce sujet : DYOW (Do Your Own Research).

Si vous aussi êtes dans des projets du web3 et êtes passionnés par celui-ci, parlez-m’en dans les commentaires !

[Edit au 13/11/2021] J’oubliais !!! J’ai commencé à créer des certificats d’origine sur La Fille Pas Sympa avec @WordProofio ($EOS). C’est au stade expérimental, je ne connais rien à leur projet, le plug in était simplement disponible et je dois encore créer mon propre contrat.