Julia March

Actualités procrastinatrices

Les crypto-monnaies sont d’actualité, ce site n’a jamais eu autant de traffic que depuis que j’ai publié mon article sur le prix du Bitcoin et sur la fausse pertinence de celui-ci. Dans le même temps, les arnaques se multiplient et les faux bons plans aussi. Il faut assez de discernement pour s’aventurer dans ce monde sans se faire arnaquer, voire, pour décider de se lancer, malgré l’aura de criminalité qui entoure les crypto-monnaies.

L’écosystème est fatigué, en ce moment

J’aime créer des procédures pour atteindre des buts jugés impossibles, contourner les limites imposées et partager des voies d’émancipation. Il était évident que j’allais me passionner de crypto-graphie, à un moment de ma vie. Je me pose également mille questions éthiques autour de certaines pratiques et les partage ici ou ailleurs : quelles sont les conséquences de nos décisions, de nos pratiques et de nos habitudes, à une échelle plus vaste ? Je conçois le monde IRL et numérique comme un écosystème dont tous les agents sont interdépendants. Autant dire que l’état d’actuel de cet écosystème m’est plutôt déplaisant, en ce moment, pour diverses raisons que j’ai déjà évoquées. Peut-être s’agit-il de mes propres perceptions, liées à des problématiques personnelles qui me traversent, actuellement.

Productivité ? Bof

Je navigue entre plusieurs univers, je fais des aller-retours entre des cercles qui ne sont pas censés se frôler, sur Internet ou IRL. Cela donne lieu à des rencontres et à des collaborations étonnantes, riches et improbables -il suffit de parcourir le catalogue de mon éditeur pour se demander ce que mon livre vient faire parmi tout cela. Beaucoup de choses sont en train de se construire, mais étant superstitieuse, j’ai pour l’habitude d’annoncer des projets une fois qu’ils ont été achevés ou lancés. D’autant plus que ma productivité, en dehors de l’écriture, est au point mort, en ce moment. En général, quand je recommence à bloguer, c’est que je suis simplement dans l’impossibilité de faire autre chose. J’adore créer des sites, par exemple, mais j’ai une flemme monumentale à l’idée de remplir un simple Statement Of Work, c’est vous dire où j’en suis.

Les sites personnels

Cependant, j’essaie de me motiver pour faire au moins l’essentiel. Mon méchant blog et ce site auraient dû migrer sur la version libre de WordPress depuis au moins six mois, puisque je veux accéder au code pour y appliquer des designs de folies et du HTML. Le mois de juin sera-t-il le mois où la cordonnière commencera à être convenablement chaussée ? Gardez-moi dans vos prières.

Le bla-bla virtuel

Ma façon préférée de procrastiner est d’écrire, donc évidemment, je suis très prolifique, en ce moment. J’ai lancé une nouvelle rubrique sur le méchant blog, appelée Neuranatomie, pour les esprits intrépides en quête de stimulation intellectuelle.

J’ai également écrit un article pour Coinalist.io -webzine d’actualité autour des crypto-monnaies- où j’aborde la question épineuse de configurer un portefeuille pour autrui. Je parle des clés Opendime, que j’utilise et aime beaucoup. Je n’ai pas intégré de liens de marketing d’affiliation, pour le moment. La raison est simple : la plupart des liens d’affiliations sont générés par Amazon et je ne vais pas diriger les internautes vers un géant qui monopolise déjà la vente en ligne. Je ne suis pas fan d’Amazon, ni de la centralisation, vous l’avez compris.

Don’t trust, verify

De plus, intégrer un lien d’affiliation vers Amazon pour l’achat d’un dispositif de stock de crypto-monnaies détruit toute crédibilité en la matière : c’est la meilleure façon de se faire arnaquer par un faussaire qui met ses produits sur Amazon.

Si vous décidez de vous procurer les petits bijoux Opendime, n’achetez que sur le site du fabricant et vérifiez bien l’authenticité grâce au code python à son arrivée.

Si vous achetez un Ledger ou un Trezor, vérifiez bien que l’emballage n’a pas été descellé et que l’hologramme qui le scelle est conforme. Les fabricants donnent des instructions simples et claires pour vérifier l’authenticité de leurs produits, authenticité qui est fondamentale en matière de sécurité.

Je me retrouve à parler beaucoup de crypto-monnaies, dans une logique de contre-attaque face aux investisseurs du dimanche et aux charlatans de tous bords. Non, ce n’est pas anonyme, non ce n’est pas complètement décentralisé, et oui, les autorités surveillent de très près certaines adresses avec lesquelles vous n’avez pas intérêt à être connectés sur la blockchain.

Si vous voulez plus de leçons de morale et de didactique cypherpunk, vous pouvez lire mon dernier article ici :

Vous constaterez mes progrès faramineux en matière de design -rire du public. Bien évidemment, mon but inavoué, jusqu’à présent, et d’embrigader les internautes non avertis dans le culte de la personnalité de mon chat Jean-Rocco. J’y mets tout mon cœur, comme le prouve cette bannière.

The place to be

Les newsletters ne sont pas démodées, loin de là. Faites avec soin et dans les règles de l’art, elles peuvent être un outil redoutable. Cependant, je n’ai rien à vous vendre. De plus, comme cité plus haut, j’ai la flemme -la cordonnière, les chaussures, tout ça. Vous pouvez tout de même recevoir tous mes articles et nouveaux projets sur ma nouvelle chaîne Telegram.

Si vous revenez sur ce site et êtes éblouis par un design impressionnant, vous saurez que j’ai réussi à me motiver pour faire autre chose que bla-blater ; )

Pourquoi le prix du Bitcoin n’a aucune importance

La cryptosphère s’est enflammée, la semaine dernière, suite à l’annonce faite par Elon Musk : Tesla cesse d’accepter le Bitcoin, sous prétexte de questions environnementales. Les défenseurs du Bitcoin se sont insurgés, des tweets condescendants et passif-agressifs ont été échangés entre tech-bros, c’était chaotique, c’était le cirque, c’était beau.

Une question secondaire d’un point de vue technique.

Ce post n’a pas pour vocation d’essayer d’élucider les motivations de Musk, pour la simple raison que l’on confère au personnage plus d’importance qu’il n’en a réellement. Ce post explique pourquoi, d’un point de vue technique, la valeur du Bitcoin en dollars/ euros n’est que secondaire, tel qu’il a été conçu. Il s’adresse à un public curieux, qui n’a aucune connaissance en la matière.

Gérard veut acheter un gode géant

Imaginons que Gérard veuille acheter un gode géant. Il va donc sur gode géant point com, une coquette boutique en ligne où il pourra trouver son bonheur, un gode géant pour la modique somme de 90 $. Gérard n’a pas trop envie que sa banque suive à la trace sa consommation, notamment concernant cet achat délicat : les rendez-vous avec son conseiller bancaire risquent de s’avérer… gênants. Le saviez-vous ? Votre relevé bancaire dresse un portrait-robot très pertinent de votre personnalité, vos passe-temps, vos habitudes de consommation. De plus, Gérard a regardé le dernier Cash Investigation sur la mane que représentent les données d’utilisateurs, et n’a pas envie d’être le dindon de la farce.

Cependant, Ô bonheur, gode géant point com accepte le Bitcoin ! Gérard sort donc sa carte de débit et achète pour 100 $ de Bitcoin, sur une plateforme d’échanges. Sa banque saura donc qu’il a acheté de la crypto-monnaie, mais ne saura pas laquelle, ni ce qu’il en fera. Une fois son achat de Bitcoin effectué, il retourne sur la boutique en ligne et ajoute le gode géant dans son panier, note son adresse, puis clique sur « payer » puis sur « Payer en Bitcoin ». Un message avec l’adresse du portefeuille Bitcoin de la boutique s’affiche alors. Gérard envoie la somme et attend que la transaction soit confirmée. Quelques minutes plus tard, un message s’affiche sur son écran, lui confirmant sa commande et une date de livraison pour son gode géant. Gérard est content.

Le « prix » du Bitcoin n’a pas de sens

Dans ce cas concret, Gérard a effectué ses transactions en quelques minutes, le prix du Bitcoin a eu peu de probabilités de chuter radicalement. Qu’il vaille 1 ou 100 000 $, il n’en a acheté que pour 100 $ et en a dépensé 90, plus 5 $ pour les frais de réseaux, l’histoire s’arrête là. C’est le but premier du Bitcoin : permettre à deux personnes d’effectuer des transactions sécurisées, confidentielles, et sans intermédiaires. Gérard peut décider de récupérer les 5 $ restant en les convertissant à nouveau, ou les laisser sur son portefeuille et oublier. Ô, surprise, dix ans plus tard, par un effet de bulle spéculative, ces 5 $ ont été multipliés par mille ! Gérard peut donc acheter plein d’autres godes géants, en toute impunité. À condition de ne pas avoir oublié ses identifiants de portefeuille, entre autres.

La différence entre utilisation et capitalisation

Gérard s’est retrouvé avec un portefeuille d’une valeur de 5 000 $ par accident, il n’a pas fait exprès de tirer un profit financier du Bitcoin : il était tellement content de son achat qu’il en a oublié la petite monnaie restante sur son portefeuille de Bitcoin. Croyez-le ou non, c’est ainsi que les premiers utilisateurs du Bitcoin sont devenus riches : par accident. Les plus gros portefeuilles sur la blockchain – le réseau sur lequel est hébergé le Bitcoin, visible par tous – n’affichent plus de transactions depuis environ dix ans, ce qui veut probablement dire que leurs propriétaires ont perdu l’accès. Si Gérard a laissé son argent sur la plateforme d’échange, il y a de grandes chances pour qu’elle ait fermé, emportant avec elle son portefeuille, ou que son compte se fasse hacker et vider entre-temps. C’est dommage, mais peu importe : Gérard n’avait pas mis les économies de toute une vie dans le Bitcoin.

Pour ceux qui ont investi dans le Bitcoin, en espérant des gains faramineux, les dernières déclarations d’Elon Musk sont un coup dur. Voir la valeur de son portefeuille se diviser par deux pour la première fois, ça fout les boules, mais ça forge aussi le caractère.

Les quatre grands principes du Bitcoin

Cependant, pas besoin d’être un trader pour utiliser le Bitcoin : je paie en Bitcoin dès qu’un commerce le propose. « Mais Julia, c’est de la folie, tu paies EN BITCOIN ??? C’EST DE L’OR NUMÉRIQUE !!! ». Non, ce n’est pas de la folie : c’est une technologie révolutionnaire, un système de transaction qui émancipe l’individu du système bancaire, et qui repose sur quatre principes :

  1. Le pseudonyme : votre identité, c’est votre adresse Bitcoin. Il n’est pas nécessaire de révéler son identité civile pour effectuer des transactions. Gérard aurait pu mettre un faux nom et une boîte postale pour recevoir son colis. Le commerçant n’aura pas l’identité liée à sa carte de débit.
  2. La décentralisation : chaque utilisateur possède une copie de l’historique des transactions. Quand deux personnes se révèlent mutuellement leurs adresses, on peut consulter toutes ses transactions. C’est pour cela que Satoshi Nakamoto – le créateur du Bitcoin – préconisait de n’utiliser qu’une adresse par transaction, par souci de confidentialité. On peut en créer autant qu’on veut. Ainsi, le réseau et le vendeur peuvent vérifier que la somme exacte a été envoyée, sans risquer la fraude.
  3. L’immuabilité : Il est impossible qu’un utilisateur modifie le réseau de transaction en sa faveur. Si Gérard envoie la somme, il ne peut pas la récupérer, ce qui évite au commerçant le fameux chargeback liées aux transactions à haut risque. Gérard ne pourra pas regretter et dire à sa banque qu’il s’agit d’une utilisation frauduleuse de sa carte, car : il n’y a pas de banque. Ce qui nous amène ou dernier point :
  4. La méfiance : les utilisateurs du Bitcoin sont leurs propres banques et n’ont besoin d’aucune institution pour s’assurer que la transaction a été effectuée et enregistrée par le réseau.

Vous l’aurez compris, être sa propre banque implique également un grand degré de responsabilité. Si vous perdez la phrase vous permettant d’avoir accès à votre portefeuille, vous perdez votre argent. Si vous le confiez à un tiers – une plateforme d’échange – vous risquez également de tout perdre en vous faisant hacker, si la plateforme ferme et disparaît du jour au lendemain, ou encore, si la plateforme décide de bloquer votre compte pour X raisons. Voilà pourquoi Gérard a tout intérêt à laisser la petite monnaie dans un portefeuille qu’il possède, et de garder le mot de passe en lieu sûr.

La ruée vers l’or numérique et les désillusions des magnats de la finance

Elon Musk n’a pas pu mettre la main sur la blockchain, car personne ne le peut. Il s’agit d’un fonctionnement communautaire, mais il n’est pas le premier à vouloir s’ériger en parrain d’un énième truc un peu fou. Même Tesla ne comprend pas pourquoi il s’acharne à vouloir se définir comme le fondateur de l’entreprise. Dans la même veine, les tradeurs du dimanche qui ont fleuri autour du Bitcoin, à coup de vidéos Youtube et de cours payants, ne sont pas les premiers à se casser les dents face au cours spéculatif du Bitcoin. On note une confusion avec l’investissement en bourse, là où la blockchain a été conçue pour permettre à des personnes d’effectuer des transactions loin des yeux de la finance. C’est ballot. Effectivement, plus son utilisation est généralisée, plus le Bitcoin risque de prendre de la valeur, d’autant plus que sa quantité est limitée, contrairement au fiat – l’argent relié à un pays, qui peut être créé à l’infini.

Les utilisateurs aguerris du Bitcoin ne vouent pas un culte à Musk, contrairement aux day trader du dimanche. C’est dur pour l’ego, mais encore une fois, cela forge le caractère. Se heurter aux cypherpunks, quand on a l’habitude d’être brossé dans le sens du poil et érigé en Pape, c’est dur. Je suis presque tentée de compatir – presque.

Un outil politique

Comme tout outil, la blockchain devient ce qu’on en fait. Vous êtes une association ou un collectif qui s’est fait éjecter d’un processeur de paiement en raison de politiques discriminatoires ? Vous souhaitez faire des dons à une association ou à un mouvement politique sans que cela apparaisse sur votre relevé bancaire, en préservant votre identité civile ? L’argent est le nerf de la guerre et le Bitcoin peut être une bonne solution. Il existe des moyens d’accepter directement du Bitcoin depuis son site internet, qui vous garantissent l’anonymat, même sur la blockchain. Les convertir en euros ou en dollars est relativement rapide, mais vous pouvez également les utiliser directement auprès de prestataires les acceptant comme moyen de paiement, comme Gérard. Si vous avez besoin de conseils dans ce sens, n’hésitez pas à utiliser le formulaire de contact sur ce site, je le fais gratuitement pour des organisations et des causes que je soutiens personnellement.

Si je ne vous soutiens pas, vous n’aurez rien, même en me payant grassement 🙂

Edit au 19/05/2021 : Venmo bloque des virements faisant mention de soutien à la Palestine.

Edit au 2/06/2021 : PayPal suspend le compte vieux de 20 ans de Larry Brandt, défenseur de la liberté numérique.

Des ressources pour aller plus loin (en anglais) :

How Bitcoin works in 5 minutes

Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System

The Untold Story of Silk Road, Part 1