Julia March

« Écris ta merde »

On a tous cette personne perfectionniste dans notre entourage, qui repousse les échéances et travaille d’arrache-pied afin d’obtenir un résultat impeccable. J’ai rencontré un certain nombre de perfectionnistes dans ma vie, mais jamais aucun aussi extrême que mon amie Héloïse*. Héloïse est brillante, instruite, hautement compétente dans son domaine, mais reste convaincue que si elle ne produit pas quelque chose de parfait, il est inutile de le présenter, même après des heures de travail et des nuits d’insomnie. Je vous laisse imaginer les situations catastrophiques que cela peut engendrer dans un parcours de formation universitaire où l’on vous demande de rendre des travaux sur des concepts que vous êtes en train d’apprendre à maîtriser.

De l’appréhension à l’évitement

C’est dans certains cas que se développe l’évitement pathologique des demandes, quand le ou la perfectionniste en cause est autiste. Pire encore, un domaine aimé et dans lequel la personne s’est spécialisée peut devenir un cauchemar dès que le moment de rendre des comptes à autrui se présente. Sans aller jusqu’à diagnostiquer sauvagement Héloïse -je suis beaucoup de choses, mais pas psy-, je l’ai vue, au fil des ans, paniquer de façon exponentielle au moment de rendre un travail universitaire, la panique atteignant son paroxysme avec le rendu d’un mémoire.

C’est donc à ce moment que je me suis retrouvée à lui asséner « ÉCRIS TA MERDE », injonction qu’elle a fini par écrire sur un post-it et par afficher face à son bureau, à côté d’une photo de Mélenchon qui crie.

Une philosophie anti-perfectionniste

Pour ma part, je n’ai jamais été perfectionniste. Je suis l’antithèse du perfectionnisme, sans jamais m’abaisser à complètement bâcler. J’ai le sens du détail, une vision atypique et une concentration à toute épreuve. Cela suffit pour que je m’en tire dans la plupart des situations où je dois rendre des comptes, même si quelques personnes n’ont jamais été dupes. Deux, plus exactement : ma directrice de recherches à La Sorbonne-Nouvelle et l’un de mes enseignants à La Sorbonne-Grabataire. Tous deux parvenaient très bien à cerner ma propension à la bricole, quand ils s’agissait de travailler avec des concepts qui ne me passionnaient guère mais qui s’avéraient nécessaires à un travail rigoureux. Il faut bien comprendre que j’ai toujours réussi à épater la galerie en fournissant un minimum d’effort et que j’en abusais allègrement quand cela m’arrangeait.

Héloïse et moi avons donc cheminé vers des efforts contradictoires, quand les exigences académiques ont commencé à nous dépasser : elle devait accepter de rendre quelque chose d’imparfait pour tenir les délais, tandis que je devais faire preuve de plus de rigueur dans mon travail et ralentir. Si nous n’avions pas accepté de nous remettre en question et de changer une partie de notre fonctionnement, ni elle ni moi n’aurions les diplômes ni la situation présente dont nous jouissons.

« Écris ta merde » est le condensé de ce juste milieu entre passion et renoncement quant à l’écriture : pour produire quelque chose, il faut bien commencer. Les débuts ne sont jamais glorieux, mais se lancer et coucher sur une page ce que l’on est capable de faire, à un instant T, est toujours mieux que ne rien faire. Si l’on écrit sa merde, on a de la matière à peaufiner. C’est aussi partir du principe que tout est en construction, tout le temps : même si l’on est spécialiste d’un sujet, on ne finit jamais d’apprendre et d’évoluer, qu’il s’agisse des langues vivantes ou de la technologie. En écrivant sa merde, on accepte de ne pas être un sur-homme qui produirait du premier coup une oeuvre parfaite.

Une philosophie de l’entre-aide

Héloïse et moi nous sommes entraidées dans cet apprentissage de la rigueur mitigée. On ne jugeait pas le brouillon de l’autre, on se donnait des pistes d’améliorations, on s’encourageait mutuellement grâce à nos forces distinctes. Elle fait partie des personnes avec lesquelles je forme un oxymore humain et un duo comique depuis bientôt douze ans, de par nos différences caricaturales. Cependant, l’écriture est une activité plutôt solitaire, c’est d’ailleurs probablement pour cela que je m’y suis plongée à un jeune âge, infligeant ma prose à mon chat puis aux internautes égarés sur l’un de mes blogs. Cet été, j’ai finalement osé briser l’isolement confortable de l’écriture en allant contre ma nature solitaire, en lançant un club d’écriture virtuel entre autistes et assimilés.

Pourquoi entre autistes et assimilés ? Je n’en ai aucune idée. Il s’agit de la plupart de mes lecteurs et lectrices, et ce depuis plusieurs années. Les mêmes que je retrouve à chaque fois que je décide de recréer un énième compte Twitter après avoir supprimé le précédent, considérant que j’ai « trop d’abonnés, c’est pénible ». Ce sont des femmes créatives et talentueuses, alors pourquoi pas ? J’ai proposé l’idée sur Twitter et la jauge de cinq personnes a été remplie en quelques minutes. Oups, c’était donc sérieux. Restait à définir quels outils allaient être utilisés.

Les frivolités techniques

Au départ, je me suis dit que je créerais la plateforme pour héberger l’atelier, en intégrant des outils de visioconférence et des ressources, une sorte de LMS artisanal sur le méchant blog que j’ai ENFIN auto-hébergé *applaudissements du public*. Cependant, ce système impliquait de prendre en compte les problématiques suivantes :

  • La nécessité de créer un compte utilisateur pour les participants.
  • La nécessité de se connecter à mon site pour les participants, afin d’accéder aux ressources et aux séances.
  • La nécessité pour eux de rester connectés à mon site pendant l’heure et demie que dure chaque séance.
  • Cette dernière caractéristique s’avérait contraignante pour les participants utilisant leur portable : pas de possibilité d’utiliser leur portable pendant le temps du rendez-vous. À moins de bricoler moi-même une appli. Voulais-je vraiment m’infliger autant de travail et transformer cette idée en projet tech pas du tout prévu à mon emploi du temps ?

Même si l’idée de créer ma propre plateforme pour héberger le club me tentait beaucoup, j’ai opté pour la solution de facilité pour les participants : une chaîne privée sur Telegram, avec possibilité de commenter, de participer à des sondages et de partager des fichiers. J’ai ajouté une page privée sur ce site, afin de centraliser les ressources et les exercices d’écriture, avec un compte à rebours PAS DU TOUT STRESSANT pour les dates de rendez-vous.

Les participants peuvent ainsi tout trouver en dehors de la chaîne, sur une page privée, si besoin. Pour nous retrouver, nous utilisons la fonction Salon Vocal, tout à fait adaptée aux autistes que nous sommes : en supprimant l’élément visuel, on peut poser notre regard ailleurs que sur un écran, limitant la fatigue liée aux stimulations sensorielles, auxquelles nous sommes… ehem, un tantinet sensibles.

La première séance

Nous avons eu notre premier salon vocal, après avoir envoyé nos textes, et avons écouté les textes lus par leurs auteures, puis les avons commentés ensemble. De cette première séance, je tire quelques conclusions :

  • Il y a des femmes extrêmement talentueuses dont les écrits, même sous forme de brouillon, débordent d’éléments sensoriels qui entraînent facilement le lecteur dans l’univers qu’elles ont imaginé.
  • La communication, même à distance, semble très fluide : les propos sont directs, sans passer par quatre chemins, et extrêmement bien construits.
  • Si l’on arrive à s’atteler à la tâche de perfectionnement de ce que l’on écrit, il va bien falloir en faire quelque chose, car ces textes sont trop exceptionnels pour moisir sur un disque dur.

Voilà comment j’ai embrigadé mes pairs afin de me pousser à écrire des choses un peu plus exigeantes que d’habitude. Ne nous voilons pas la face, le pragmatisme est à l’oeuvre, toujours. En fonction du temps et de l’énergie que cela demande, je renouvellerai l’expérience, car d’autres personnes souhaitaient y participer. En attendant, il y a ma chaîne publique sur Telegram, pour être prévenu en cas de nouveau club/ idée saugrenues apparue pendant mon café du matin. N’ayez crainte, les notifications sont programmées pour être silencieuses par défaut : je suis autiste, pas une psychopathe qui fait sonner votre téléphone.

*Le prénom a bien évidemment été modifié.

Actualités procrastinatrices

Les crypto-monnaies sont d’actualité, ce site n’a jamais eu autant de traffic que depuis que j’ai publié mon article sur le prix du Bitcoin et sur la fausse pertinence de celui-ci. Dans le même temps, les arnaques se multiplient et les faux bons plans aussi. Il faut assez de discernement pour s’aventurer dans ce monde sans se faire arnaquer, voire, pour décider de se lancer, malgré l’aura de criminalité qui entoure les crypto-monnaies.

L’écosystème est fatigué, en ce moment

J’aime créer des procédures pour atteindre des buts jugés impossibles, contourner les limites imposées et partager des voies d’émancipation. Il était évident que j’allais me passionner de crypto-graphie, à un moment de ma vie. Je me pose également mille questions éthiques autour de certaines pratiques et les partage ici ou ailleurs : quelles sont les conséquences de nos décisions, de nos pratiques et de nos habitudes, à une échelle plus vaste ? Je conçois le monde IRL et numérique comme un écosystème dont tous les agents sont interdépendants. Autant dire que l’état d’actuel de cet écosystème m’est plutôt déplaisant, en ce moment, pour diverses raisons que j’ai déjà évoquées. Peut-être s’agit-il de mes propres perceptions, liées à des problématiques personnelles qui me traversent, actuellement.

Productivité ? Bof

Je navigue entre plusieurs univers, je fais des aller-retours entre des cercles qui ne sont pas censés se frôler, sur Internet ou IRL. Cela donne lieu à des rencontres et à des collaborations étonnantes, riches et improbables -il suffit de parcourir le catalogue de mon éditeur pour se demander ce que mon livre vient faire parmi tout cela. Beaucoup de choses sont en train de se construire, mais étant superstitieuse, j’ai pour l’habitude d’annoncer des projets une fois qu’ils ont été achevés ou lancés. D’autant plus que ma productivité, en dehors de l’écriture, est au point mort, en ce moment. En général, quand je recommence à bloguer, c’est que je suis simplement dans l’impossibilité de faire autre chose. J’adore créer des sites, par exemple, mais j’ai une flemme monumentale à l’idée de remplir un simple Statement Of Work, c’est vous dire où j’en suis.

Les sites personnels

Cependant, j’essaie de me motiver pour faire au moins l’essentiel. Mon méchant blog et ce site auraient dû migrer sur la version libre de WordPress depuis au moins six mois, puisque je veux accéder au code pour y appliquer des designs de folies et du HTML. Le mois de juin sera-t-il le mois où la cordonnière commencera à être convenablement chaussée ? Gardez-moi dans vos prières.

Le bla-bla virtuel

Ma façon préférée de procrastiner est d’écrire, donc évidemment, je suis très prolifique, en ce moment. J’ai lancé une nouvelle rubrique sur le méchant blog, appelée Neuranatomie, pour les esprits intrépides en quête de stimulation intellectuelle.

J’ai également écrit un article pour Coinalist.io -webzine d’actualité autour des crypto-monnaies- où j’aborde la question épineuse de configurer un portefeuille pour autrui. Je parle des clés Opendime, que j’utilise et aime beaucoup. Je n’ai pas intégré de liens de marketing d’affiliation, pour le moment. La raison est simple : la plupart des liens d’affiliations sont générés par Amazon et je ne vais pas diriger les internautes vers un géant qui monopolise déjà la vente en ligne. Je ne suis pas fan d’Amazon, ni de la centralisation, vous l’avez compris.

Don’t trust, verify

De plus, intégrer un lien d’affiliation vers Amazon pour l’achat d’un dispositif de stock de crypto-monnaies détruit toute crédibilité en la matière : c’est la meilleure façon de se faire arnaquer par un faussaire qui met ses produits sur Amazon.

Si vous décidez de vous procurer les petits bijoux Opendime, n’achetez que sur le site du fabricant et vérifiez bien l’authenticité grâce au code python à son arrivée.

Si vous achetez un Ledger ou un Trezor, vérifiez bien que l’emballage n’a pas été descellé et que l’hologramme qui le scelle est conforme. Les fabricants donnent des instructions simples et claires pour vérifier l’authenticité de leurs produits, authenticité qui est fondamentale en matière de sécurité.

Je me retrouve à parler beaucoup de crypto-monnaies, dans une logique de contre-attaque face aux investisseurs du dimanche et aux charlatans de tous bords. Non, ce n’est pas anonyme, non ce n’est pas complètement décentralisé, et oui, les autorités surveillent de très près certaines adresses avec lesquelles vous n’avez pas intérêt à être connectés sur la blockchain.

Si vous voulez plus de leçons de morale et de didactique cypherpunk, vous pouvez lire mon dernier article ici :

Vous constaterez mes progrès faramineux en matière de design -rire du public. Bien évidemment, mon but inavoué, jusqu’à présent, et d’embrigader les internautes non avertis dans le culte de la personnalité de mon chat Jean-Rocco. J’y mets tout mon cœur, comme le prouve cette bannière.

The place to be

Les newsletters ne sont pas démodées, loin de là. Faites avec soin et dans les règles de l’art, elles peuvent être un outil redoutable. Cependant, je n’ai rien à vous vendre. De plus, comme cité plus haut, j’ai la flemme -la cordonnière, les chaussures, tout ça. Vous pouvez tout de même recevoir tous mes articles et nouveaux projets sur ma nouvelle chaîne Telegram.

Si vous revenez sur ce site et êtes éblouis par un design impressionnant, vous saurez que j’ai réussi à me motiver pour faire autre chose que bla-blater ; )